Société

Nouvelles technologies et sens de l'humain

Le scientifique d’aujourd’hui doit faire face à l'explosion des ignorances

Par : Yvon Larose
Le besoin d'une éthique de la technique dans le domaine des nanotechnologies s'impose aux yeux des philosophes.
Le besoin d'une éthique de la technique dans le domaine des nanotechnologies s'impose aux yeux des philosophes.
Les développements techniques, notamment en technologies de l’information, ont rendu la vie moderne beaucoup plus complexe qu’elle ne l’était. Pour le citoyen, le téléphone portable, le courriel et Internet sont à la source d’interactions plus nombreuses et plus variées, mais aussi plus intangibles. Pour le scientifique, la complexité implique, entre autres, de suivre plus difficilement l’explosion des connaissances dans son champ d’activité, un phénomène amené par un décloisonnement radical entre les disciplines. «Cette complexité nouvelle, qui s’ajoute à celle qui existait déjà, nous rend inconfortables comme citoyens, explique Denis Poussart, professeur émérite du Département de génie électrique et de génie informatique. Le scientifique, lui, est face à une surcharge cognitive terrible alors que les distinctions disciplinaires traditionnelles tendent à s’évanouir. Par exemple, la recherche dans un secteur de pointe comme la nanorobotique nécessite la convergence de la nanotechnologie, la biologie, l’informatique et les sciences cognitives.»

Le vendredi 9 avril au Grand Salon du pavillon Maurice-Pollack, Denis Poussart a prononcé une conférence à l’occasion d’un colloque international sur l’impact des nouvelles technologies sur le sens de l’humain. Le colloque était organisé par la Chaire d’enseignement et de recherche «La philosophie dans le monde actuel». Selon lui, le scientifique d’aujourd’hui doit également faire face à ce qu’il qualifie d’«explosion des ignorances». «En biotechnologies, par exemple, on découvre, derrière les nouvelles connaissances, des territoires dont on ne soupçonnait pas l’existence, dit-il. C’est particulièrement clair avec la recherche sur le génome humain.»

Le rôle de la science consiste à comprendre, créer et exploiter. Il y a une trentaine d’années, l’invention du microscope à effet tunnel a été à la source de tous les travaux en nanotechnologie. «Chaque fois qu’on invente un instrument, rappelle Denis Poussart, de gigantesques fenêtres s’ouvrent.» Selon lui, une invention comme l’hypertexte permet d’explorer les liens qui sont au cœur de la connaissance. «Mais, poursuit-il, ces liens nous affligent aussi. De nouvelles vulnérabilités apparaissent, comme le vol d’identité, les cyberattaques et l’espionnage.»

Le scientifique se trouve plutôt mal outillé pour gérer la complexité grandissante de la connaissance. «Les notions de simulation et de visualisation peuvent aider, car elles représentent des outils supplémentaires au langage», soutient Denis Poussart. L’humain, comme espèce, serait mal constitué pour explorer la complexité. «Il est très difficile, pour l’humain, de manipuler plusieurs concepts en même temps, indique-t-il. On se perd rapidement. Surtout si les concepts sont interreliés.» Quant à la formation scientifique, elle préparerait mal à aborder la science. «Elle devrait davantage donner le goût du pourquoi», dit-il.

Nouvelles frontières éthiques

Marie-Hélène Parizeau, professeure à la Faculté de philosophie, a axé sa communication sur l’urgence de définir une éthique de la technique dans le domaine des nanotechnologies. Rappelons que celles-ci visent la création de machines robotisées à l’échelle du milliardième de mètre qui seraient capables de manipuler les atomes et les molécules. Selon elle, il faut d’abord interroger les fins poursuivies. «La finalité est-elle ultimement la transformation de l’humain en cyborg?», demande-t-elle. Une telle éthique devrait imposer un degré de responsabilité proportionnel à la puissance de la technique. «Or, poursuit-elle, on utilise actuellement des nanotechnologies dans des produits cosmétiques et on n’a pas de données scientifiques raisonnablement fiables et continues évaluant l’impact de ces technologies sur la santé humaine.» Une éthique relative aux nanotechnologies doit aussi tenir compte des impacts sociaux. «Nous sommes très peu outillés pour analyser les modifications des comportements humains entraînées par une technique», souligne Marie-Hélène Parizeau.

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