Société

L'écran meurtrier

La cyberviolence est un phénomène qui cause parfois des torts irréparables chez les victimes

Par : Renée Larochelle
Quelque temps avant sa mort, le 10 octobre 2012, Amanda Todd, une jeune Canadienne de 15 ans, avait partagé sur YouTube une vidéo dans laquelle elle racontait sa triste expérience.  Trois ans auparavant, l'adolescente avait commencé à être harcelée par un individu qui lui avait demandé de se dénuder partiellement devant sa webcam. L'épisode marquait le début de la descente aux enfers de la jeune fille, qui sera victime de chantage et de harcèlement jusqu'à ce qu'elle n'en puisse plus et décide de s'enlever la vie…

Si le cas d'Amanda Todd constitue un exemple extrême, il n'en demeure pas moins que la cyberviolence est un phénomène qui engendre beaucoup de détresse psychologique chez les personnes qui en sont victimes. Plusieurs demeurent marquées pour la vie, affirme Léa Clermont-Dion, doctorante en science politique et conférencière lors de l'Université féministe d'été, qui a eu lieu du 21 au 26 mai au pavillon Palasis-Prince. Léa Clermont-Dion cite des statistiques témoignant de l'ampleur du problème. Dans un rapport de l'Organisation des Nations unies (ONU) publié en 2015, la Commission Broadband révélait que 73% des femmes utilisatrices du Web avaient été exposées à de la cyberviolence. De même, dans les 28 pays membres de l'Union européenne, près de 9 millions de femmes, après l'âge de 15 ans, avaient vécu une forme de cyberviolence.

«Avant l'arrivée d'Internet, la cour d'école était le lieu où les jeunes vivaient le plus souvent des rapports de domination, ainsi que du harcèlement et de l'intimidation. Avec le Web, c'est comme si la cour d'école s'était élargie à la grandeur de la planète», explique Léa Clermont-Dion. En quelques secondes, un message sexiste ou haineux se propage à travers cette grande cour d'école qu'est le monde. De plus, l'anonymat permet de dire «n'importe quoi à n'importe qui» et ce caractère anonyme donne un sentiment d'impunité aux responsables de cette cyberviolence, bien cachés derrière l'écran de leur ordinateur, sans crainte d'être brimés ou punis, ajoute Léa Clermont-Dion. Cela dit, il n'y a pas qu'entre les hommes et les femmes que s'exercent les rapports de domination ou d'intimidation sur le Web, insiste la chercheuse, dont la thèse porte sur les discours antiféministes en ligne. Comme dans la vraie vie, on y retrouve également des commentaires racistes, homophobes ou discriminatoires envers des groupes ou des personnes.

Comment mettre un frein à cette cyberviolence qui brise des réputations et détruit des vies? Selon Léa Clermont-Dion, la solution réside dans l'éducation au numérique pour les filles et les garçons, et ce, dès l'école primaire. «On doit expliquer aux jeunes les enjeux reliés au Web et leur enseigner des notions d'égalité entre les hommes et les femmes, soutient-elle. Au secondaire, on ne doit pas avoir peur de leur parler de pornographie et des répercussions de la revenge porn, cette pratique qui consiste à se venger de son ex-petite amie en diffusant des photos ou des vidéos à caractère sexuel. Ne soyons pas hypocrites, poursuit Léa Clermont-Dion, il est très facile d'accéder à la porno hard. Nous en sommes tous à un clic près, en somme. Il ne faut pas hésiter à sensibiliser les jeunes aux stéréotypes qui sont véhiculés sur ces sites.»

Pour sa 15e année d'existence,  l'Université féministe d'été avait pour thème «Femmes, violences, politiques et résistances». Ce colloque interdisciplinaire réunissait une vingtaine de conférencières et conférenciers qui ont abordé un enjeu touchant les violences et les femmes: violences sexuelles en milieu universitaire et en milieu de travail, féminicides, violence épistémique, représentation de la violence dans l'éducation et dans les arts, résistances trans et intersexes, culture du viol, cyberviolence et militantisme. La coordination de l'événement était assurée par Hélène Lee-Gosselin, directrice de l'Institut Femmes, sociétés, égalité et équité et titulaire de la Chaire Claire-Bonenfant – Femmes, savoirs et sociétés, et Lorena Suelves Ezquerro, doctorante en anthropologie.

Créée en 2003, l'Université féministe d'été a pour objectif l'analyse féministe d'enjeux sociaux d'actualité dans leurs dimensions locale, nationale et internationale. La formation intensive se déroule sur une période de six jours et est assurée par une équipe professorale multidisciplinaire.

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