Société

Le ton s'est durci

Le quotidien torontois The Globe and Mail manifeste un profond agacement vis-à-vis du mouvement souverainiste québécois

Par : Yvon Larose
La  perception du mouvement souverainiste québécois, chez les chroniqueurs et les éditorialistes de l’influent et réputé quotidien torontois The Globe and Mail, n’a guère changé depuis 1995, année du référendum sur la souveraineté au Québec. Le projet souverainiste est toujours perçu, dans ce journal voué à la défense d’un fédéralisme de type centralisateur, comme rétrograde et fondé sur le ressentiment. Ses dirigeants sont vus comme ne reculant devant rien pour faire triompher leur option. Ce qui a changé toutefois de 1995 à aujourd’hui est le ton avec lequel les chroniqueurs et éditorialistes ont abordé le sujet du nationalisme québécois. «Le ton s’est nettement durci, indique Sylvie Lacombe, professeure au Département de sociologie. Ce durcissement témoigne non seulement d’une fatigue constitutionnelle à l’égard des aspirations nationales du Québec, mais aussi d’un profond agacement vis-à-vis du mouvement souverainiste et, par glissement, d’une irritation grandissante à l’égard du Québec pris globalement.»

Le jeudi 24 mai au pavillon Alphonse-Desjardins, Sylvie Lacombe a participé à une table ronde thématique sur les médias dans le cadre du colloque annuel de la Société québécoise de science politique. Sa communication s’inspirait de deux articles scientifiques qu’elle a publiés en 1998 et en 2007, respectivement dans Recherches sociographiques et Canadian Journal of Media Studies.
Pendant la campagne référendaire de 1995, le Globe and Mail faisait la promotion «chaleureuse» du fédéralisme canadien. «On vantait sa flexibilité autorisant les compromis de toutes sortes, on le décrivait comme un work in progress, explique Sylvie Lacombe. Et la présence du Parti québécois à l’Assemblée nationale et du Bloc québécois à la Chambre des communes démontrait par A plus B la grande tolérance du système canadien et des Canadiens en général. Mais en 2005, ce type d’évocation est absent des pages du journal.»

Haro sur le gouvernement Charest
Fait nouveau, le gouvernement libéral en poste à Québec se trouve lui aussi dans le collimateur du Globe and Mail. «On critique le Parti libéral du Québec pour ses convictions fédéralistes trop molles et on lui reproche même de flirter avec le souverainisme pour des raisons électoralistes», soutient Sylvie Lacombe. On critique également sa «mauvaise» compréhension du fédéralisme. «Quand le gouvernement québécois demande, en octobre 2005, à jouer un plus grand rôle dans les relations internationales du Canada, la presse anglophone est unanime à ridiculiser la requête sous prétexte que le Canada doit absolument parler au monde d’une seule et même voix», rappelle la chercheuse.

Ce point de vue n’a pas empêché le gouvernement fédéral, en mai 2006, de signer avec le Québec un accord lui permettant de siéger à une tribune prestigieuse, l’UNESCO. Plus tard dans l’année, le même gouvernement reconnaissait le Québec comme nation. Selon Sylvie Lacombe, le «fédéralisme d’ouverture» du gouvernement Harper à l’endroit du Québec a été reçu avec scepticisme au Globe and Mail. «On trouve que le gouvernement fédéral risque de ruiner l’avenir du pays en «achetant» ainsi les votes des Québécois, souligne-t-elle. Cela dit, la motion sur la «nation» a été saluée comme un bon coup politique. Pour le journal, la motion n’a aucune signification légale ou politique et elle pourra même éventuellement servir à neutraliser toute demande additionnelle d’accommodement de la part de Québec.»

Autre preuve de l’irritation grandissante du journal à l’égard du Québec: ce jugement «assassin» qu’il a prononcé en 2005 sur une décision prise à l’unanimité par les membres de l’Assemblée nationale du Québec contre l’implantation de tribunaux dits islamiques en droit de la famille au Québec et au Canada. «Jugée non canadienne, la déclaration québécoise était considérée inamicale à l’endroit des musulmans parce qu’elle manquait de réflexion et de respect pour le pluralisme religieux», précise Sylvie Lacombe. Pourtant, quelques mois plus tard, le gouvernement ontarien abandonnait l’idée d’instaurer de tels tribunaux sur son territoire.

Et les élections québécoises du 26 mars dernier? «Au Globe and Mail, on s’est d’abord félicité du recul du Parti québécois, pour ensuite se dire qu’il ne fallait pas se réjouir trop vite, vu que les «autonomistes» de l’Action démocratique du Québec sont tout à fait assimilables aux souverainistes du PQ, explique Sylvie Lacombe. Du point de vue du journal, c’est pratiquement bonnet-blanc et blanc-bonnet.»

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