Société

Le tic-tac de l'esprit

«Avons-nous une horloge interne?» est l'une des nombreuses questions auxquelles répond le professeur Simon Grondin dans son dernier livre

Par : Manon Plante
Depuis plus de trois décennies, le professeur Simon Grondin poursuit des recherches sur la perception temporelle.
Depuis plus de trois décennies, le professeur Simon Grondin poursuit des recherches sur la perception temporelle.
Ces secondes qui s'égrènent péniblement, ces heures qui s'envolent en un instant ou ces années qui fuient rapidement ne sont pas que des figures littéraires qui donnent un rythme aux romans; elles sont aussi le signe que le cerveau est une machine à saisir le temps très particulière, qui fonctionne avec ses exactitudes et ses distorsions. Dans l'ouvrage Le temps psychologique en questions, Simon Grondin, professeur à l'École de psychologie, a choisi d'apporter quelques éléments de réponse aux questions que ses proches et ses connaissances lui ont souvent posées à propos de la perception qu'on a du temps.

Depuis 35 ans, le chercheur s'intéresse à la perception temporelle, c'est-à-dire à l'évaluation subjective que l'on a de l'écoulement du temps. En psychologie, les recherches menées dans ce domaine mesurent souvent l'estimation de la durée entre deux stimuli, la perception du rythme ou l'établissement d'un ordre temporel ou d'une simultanéité entre des stimuli.

Pour permettre aux lecteurs de mieux comprendre les réponses scientifiques données à des questions candides comme «Les musiciens sont-ils meilleurs pour percevoir le temps?» ou «Quelle connaissance les enfants ont-il du temps?», qui se trouvent dans la troisième et dernière partie de l'ouvrage, le professeur Grondin commence son livre par un résumé des recherches classiques qui portent sur le temps psychologique. Dans la première partie du livre, on apprend donc, par exemple, qu'un intervalle de temps très court délimité par un stimulus sonore sera généralement estimé plus long qu'un autre délimité par un stimulus visuel. On saura également que, selon les résultats d'une recherche, les événements qui se produisent en deçà de 50 ms seraient perçus comme co-temporels et non successifs.

«Mon livre est un mélange de science et de vulgarisation, explique Simon Grondin. La première partie, plus ardue, sert de fondation aux réponses qui se trouvent dans les deuxième et troisième parties. Passer à travers cette première section permet de mieux comprendre les assises scientifiques des réponses.» Par contre, au dire même de l'auteur, si on trouve cette lecture trop aride, il est possible de passer outre cette première section et de lire, pour le simple plaisir, les réponses aux questions que tout le monde se pose.

Quelle est la relation au temps des schizophrènes et des autistes? Quelle expérience du temps ont les personnes souffrant du TDAH, d'une dépression, d'anxiété, de parkinson ou d'un traumatisme craniocérébral? Comment l'émotion affecte-t-elle la perception du temps? La perception temporelle diffère-t-elle en fonction du sexe? Comment se rappelle-t-on quand s'est produit un événement? Pour toutes ces questions, et bien d'autres, le professeur Grondin fournit quelques explications. «Bien sûr, avoue-t-il, je ne pouvais faire le tour de tous les sujets. J'ai donc choisi de structurer l'ouvrage autour d'une vingtaine de questions variées. Tout le monde peut y trouver son compte!»

D'ailleurs, selon le chercheur, le temps psychologique est un sujet par lequel tout le monde se sent concerné. Qui ne jongle pas, en effet, avec la gestion du temps? Or, estimer la longueur d'un événement passé et prévoir la durée d'une tâche sont des actes quotidiens dont on mesure mal la nature et la complexité. Le livre y fait allusion à quelques reprises.

Par exemple, des participants à une étude devaient accomplir 5 tâches cognitives, comme donner le nom d'animaux en ordre alphabétique ou soustraire de 3 en partant de 500 000. Chaque tâche était exécutée pendant une durée déterminée parmi cinq durées possibles s'étendant entre 2 et 8 minutes. «En général, les 50 participants tendaient à surestimer les intervalles courts et à sous-estimer les intervalles longs […]. Les résultats indiquent que la durée réelle ne tombe dans la fenêtre estimée que dans 77 des 250 cas. […] Autrement dit, les gens sont parfois très mauvais pour estimer la durée d'une activité passée», peut-on lire dans l'ouvrage.

D'ailleurs, ils ne sont pas meilleurs pour prédire le temps que prendra une tâche future.  «Il existe de nombreux articles faisant état d'un effet appelé erreur de planification (planning fallacy), selon lequel les gens tendent à croire qu'ils arriveront à accomplir une tâche plus rapidement qu'il s'avérera être le cas. […] Cet effet serait causé pas la tendance des gens à considérer certains aspects spécifiques de la tâche et comment elle sera complétée, plutôt que de se fier à la durée que l'exécution de tâches semblables avait nécessitée», indique le livre. Vous déplorez le fait d'être incapable de terminer vos travaux à temps? Apparemment, vous n'êtes pas seul à vivre cette situation…

Or, si nous sommes si mauvais pour estimer le temps dans des conditions neutres et optimales, imaginez ce que l'esprit peut créer comme distorsions lorsqu'on ajoute des distractions, des émotions (comme la joie, la peur et la hâte) ainsi que des effets cognitifs ou d'origine perceptive (la valeur symbolique des éléments à juger ou la magnitude des stimuli, par exemple). L'âge, le sexe et la culture peuvent également venir brouiller les cartes dans les tentatives d'estimation du temps. Toutes ces informations attisent votre curiosité? Ce ne sont que quelques-unes des choses que vous découvrirez à la lecture de l'ouvrage!

Le temps psychologique en questions, de Simon Grondin, Presses de l'Université Laval, 246 pages.

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