Société

Le risque masculin

Selon Richard Cloutier, professeur à l’École de psychologie, une proportion trop grande d'hommes québécois est aux prises avec un risque d'inadaptation qui se manifeste de plus en plus clairement

Par : Renée Larochelle
Difficultés d’apprentissage à l’école, problèmes de comportement, hyperactivité, délinquance, dépendances, violence conjugale, itinérance, suicide: la liste de ce que vivent un nombre élevé de garçons et de jeunes hommes au Québec est longue. Comment expliquer cette situation? Que se passe-t-il au Québec avec les gars? C’est cette question qu’a analysée Richard Cloutier, professeur à l’École de psychologie et psychologue du développement de l’enfant et de l’adolescent lors d’une conférence intitulée «Le risque masculin», le 14 mars, à l’amphithéâtre Hydro-Québec du pavillon Alphonse-Desjardins. La conférence était organisée par la Faculté des sciences sociales.

D’abord, il y a ce que Richard Cloutier appelle le «risque biologique». S’il naît plus d’hommes que de femmes dans le monde (105 garçons pour 100 filles), l’espérance de vie des femmes est supérieure à celle des hommes dans beaucoup de pays du monde, à l’instar du Canada. «Ce qui n’empêche pas le fait que les hommes consultent moins souvent un médecin que les femmes et qu’ils se perçoivent comme étant moins vulnérables par rapport à la maladie, explique Richard Cloutier. De plus, ils prennent davantage de risques que les femmes dans plusieurs domaines, qu’on parle de consommation de tabac, d’alcool et de drogue, de sexualité non protégée, de conduite automobile dangereuse, de jeux de hasard et d’activités avec armes à feu. Ils occupent aussi la plupart des emplois qui présentent des risques élevés d’accidents. Enfin, ajoute Richard Cloutier, les hommes possèdent un réseau social moins grand que les femmes et ils ont moins tendance que les femmes à demander de l’aide.»

Après le risque biologique vient le «risque psychosocial». On constate de plus en plus que les individus de sexe masculin sont plus à risque de vivre des difficultés au cours de leur socialisation, rapporte Richard Cloutier. Ainsi, les garçons ont une probabilité plus grande d’afficher des comportements agressifs, d’avoir des problèmes de langage, de vivre des échecs et de l’abandon scolaire, un placement en ressource d’accueil, d’avoir des problèmes avec la justice, etc. S’ajoute à ce tableau plutôt sombre le «risque de la scolarisation» avec, au premier plan, un taux de décrochage plus élevé que chez les filles au secondaire. Quant au taux d’obtention du baccalauréat universitaire, il était de 36,5 % chez les femmes et de 22,3 % chez les hommes, en 2004.
 
La sélection sexuelle
D’où vient donc le fait qu’un nombre élevé de garçons et de jeunes hommes n’arrivent pas à trouver leur place dans notre société? Résulterait-il de l’échec de la domination masculine? Prudent dans ses propos, Richard Cloutier rappelle le principe de «sélection sexuelle» de Charles Darwin, qui repose sur le constat que l’effort reproductif plus grand chez les femmes et, par conséquent, la capacité plus limitée des femmes d’engendrer ont fait d’elles une ressource rare, ce qui a fait des hommes des êtres compétitifs. Au fil de l’évolution de l’espèce humaine, les individus mâles les plus aptes à dominer la compétition pour l’accès aux partenaires ont eu plus de chance de se reproduire. Par sélection naturelle, la recherche du contrôle des ressources est devenue un trait de survie des hommes et a occupé une place importante dans leur comportement. Cette compétition s’est progressivement élargie, les individus qui contrôlent la nourriture et l’équipement matériel dans la communauté étant en bien meilleure posture sociale pour avoir accès aux partenaires sexuelles désirées. Pendant que l’homme investissait le monde symbolique, l’espace public, l’instrumentation complexe, dépassant la nature et créant la culture, la femme, elle, restait dans son univers, près des enfants, toujours perçue comme plus proche de la nature que l’homme. C’est ainsi que la domination masculine a fait son chemin dans la langue (le masculin l’emporte toujours sur le féminin en français) et dans la vie domestique et sociale.

Les choses ont changé récemment et il existe aujourd’hui de plus en plus d’espaces où le masculin n’est plus synonyme de domination, explique Richard Cloutier. Les femmes continuent de prendre leur place, particulièrement dans l’économie du savoir. Les hommes, eux, ont vu les modèles se multiplier. Qu’est-ce qu’être un homme aujourd’hui? Est-ce conduire une voiture la casquette à l’envers en faisant crisser les pneus? «Il existe un manque de cohérence dans ce qu’on propose à nos jeunes, dit le psychologue, notamment en ce qui a trait aux modèles médiatiques valorisés, à la violence, à la sexualité et à la consommation. Le risque masculin est un problème de société qui nous concerne tous. Le sujet est glissant, particulièrement dans le contexte où on est encore loin d’avoir réglé la question de l’équité envers les femmes, par exemple. Je n’ai pas de solutions toutes faites, mais je sais qu’il faut se mettre en recherche.»

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