Société

Le prix des drogues

Par : Pascale Guéricolas
Quarante milliards de dollars au bas mot. Voilà, selon une étude réalisée en 2002, le montant des coûts reliés à la consommation de drogues au Canada si l’on additionne la perte de productivité au travail, les frais de santé, les coûts de justice et de police. Les recherches visant à mieux comprendre l’abus et la dépendance aux drogues ont une portée sociale puisqu’elles peuvent contribuer à diminuer ce phénomène. C'est d'ailleurs ce qui explique, dans le cadre du certificat en études sur la toxicomanie, l'invitation de Claude Rouillard, professeur au Département de psychiatrie et de neurosciences de la Faculté de médecine, à présenter une conférence grand public sur le sujet le 18 novembre.

Depuis plusieurs années, Claude Rouillard s’intéresse à la dopamine, un neurotransmetteur impliqué dans la maladie de Parkinson, la schizophrénie et la dépendance aux drogues. À la fin des années 1980, les scientifiques ont découvert que les taux de dopamine augmentaient pendant plusieurs heures chez les consommateurs de cocaïne, d’amphétamine et surtout de méthamphétamine. D’où la sensation d’euphorie, de plaisir et d’énergie ressentie à la prise de ces drogues. Schémas à l’appui, le conférencier a expliqué à son auditoire de quelle façon ces substances perturbent le fonctionnement du cerveau, souvent jusqu’à pousser quelqu’un à ignorer les conséquences négatives de sa consommation.
   
Le sujet et son milieu
Spécialiste des molécules pharmacologiques impliquées dans la dépendance, le conférencier a pris soin de rappeler que l’abus de drogue constitue un problème multidimensionnel. Il ne faut pas négliger le milieu dans lequel évolue la personne, et le sujet lui-même. Claude Rouillard cite l’exemple de quelqu’un qui sort d’une cure de désintoxication. S’il retourne dans le bar où il abusait de l’alcool, il y a de grandes chances qu’il en prenne à nouveau, car tout va lui rappeler sa consommation. Tout comme un rat de laboratoire conditionné à recevoir de la drogue dans une cage très éclairée, il y revient constamment même si sa récompense n’est plus disponible. Le conférencier a donc insisté à plusieurs reprises sur la dépendance psychologique rattachée à la consommation de drogue et le désir omniprésent de consommer la substance qui finit par prendre le dessus sur les autres activités de l’individu.
   
Claude Rouillard a terminé sa présentation en mettant en garde le public contre l’arrivée récente sur le marché de l’ecstasy et surtout des méthamphétamines disponibles sous forme de banales pilules aux allures de Tylénol. D’abord populaires dans l’Ouest américain, ces produits constituent les vedettes de l’heure au Québec, en particulier chez les jeunes qui ne voient pas le danger qu'ils représentent, comparativement à une injection avec seringue. Pourtant, ces psychostimulants, qui perturbent certaines sensations, n’ont rien d’anodin. Une étude récente, menée par Santé Canada à partir de 364 comprimés vendus comme de l’ecstasy et des méthamphétamines, donne froid dans le dos. Certains contenaient de la pénicilline, de la caféine à haute dose ou encore des concentrations impressionnantes de drogues de synthèse. Ces drogues souvent consommées pour se sentir high, pour faire le party, ou tout simplement perdre du poids peuvent donc mener les jeunes consommateurs tout droit à l’hôpital. Ils risquent en effet de subir des problèmes pulmonaires, cardiaques ou neurologiques. Sans compter qu’il faut toujours prendre de plus en plus de pilules pour continuer à en sentir les effets. Bref, une situation très inquiétante lorsqu’on sait que 10 % des élèves du secondaire en auraient déjà consommé.

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