Société

Le chuchotement de Galilée

Le spécialiste en adaptation scolaire Égide Royer remet en question des idées reçues qui, selon lui, contribueraient directement à l’échec de la majorité des élèves difficiles

Par : Yvon Larose
Avant de pouvoir enseigner à un jeune en difficulté de comportement, il faut «briser» son caractère, notamment en l’humiliant devant les autres élèves. L’aide à ces jeunes passe par l’augmentation du nombre d’enseignants et par une diminution du nombre d’élèves par classe. Les enfants et adolescents difficiles viennent tous de milieux socioéconomiques défavorisés. Voilà quelques-unes des idées reçues sur lesquelles le psychologue Égide Royer, professeur au Département d’études sur l’enseignement et l’apprentissage et spécialiste en adaptation scolaire, tire à boulets rouges, en raison de leur fausseté, dans son récent ouvrage Le chuchotement de Galilée. Publié aux éditions École et Comportement, le livre est sous-titré Permettre aux jeunes difficiles de réussir à l’école. «Tenter de casser le caractère d’un jeune relève davantage du rodéo que de l’éducation, affirme-t-il. Ce ne sont pas les besoins réels des jeunes difficiles qui déterminent la nature et le type de services professionnels qui leur sont nécessaires, mais davantage la convention collective des enseignants. Et la majorité des jeunes difficiles, mais pas tous, viennent de milieux défavorisés.»

Selon Égide Royer, certaines des croyances et des idées reçues en éducation contribuent directement à l’échec scolaire de la majorité des jeunes qui manifestent des comportements difficiles à l’école. Parmi elles: ces jeunes sont responsables de leur échec scolaire: ils refusent d’apprendre, ils choisissent de se comporter de manière inacceptable. «En réalité, écrit-il dans son livre, ce qui cause directement l’échec scolaire de ces jeunes, ce ne sont pas seulement leurs comportements fréquemment inappropriés. La manière dont les adultes et les autres jeunes y réagissent est également importante. De toute évidence, des adaptations sont requises à l’école pour permettre à ces jeunes de réussir.»

Des intervenants réfractaires
Le monde de l’enseignement est une réalité complexe et, comme l’explique Égide Royer dans son ouvrage, les intervenants sont réfractaires à l’idée de modifier leur approche vis-à-vis des jeunes difficiles. «Les formules connues que l’on applique la plupart du temps sont relativement sécurisantes, souligne-t-il. Elles consistent principalement à punir, à exclure et à essayer de contrôler le jeune qui est handicapé par les comportements qu’il a appris.» Pourtant, ajoute-t-il, d’importants développements se sont produits dans les 20 dernières années en ce domaine sur le plan des connaissances et des pratiques exemplaires qui permettraient de faire réussir 80 % de ces jeunes. «Nous savons à peu près quoi faire, indique Égide Royer. Le programme américain First Steps destiné aux enfants difficiles en maternelle est exemplaire. Le taux de succès est de 80 %. Un autre programme efficace est PEC (Pratiquons ensemble nos compétences).» Développé à l’Université Laval, le programme PEC favorise le développement d’habiletés sociales chez le jeune difficile âgé de 12 à 14 ans. Il consolide aussi chez les parents l’habileté à négocier avec leur adolescent.

Les exemples de comportements difficiles sont nombreux: crises de nerfs, insultes ou menaces à l’enseignant, agressions verbales ou physiques des pairs, et caetera. Environ 5 % des jeunes manifestent des problèmes graves et parfois chroniques de comportement. Un autre 15 % risque de développer de tels problèmes. Les élèves difficiles enregistrent un taux d’échec et d’abandon d’environ 80 %.

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