Société

L'appel aux «Français du Canada»

Des convictions, et pas seulement les circonstances, ont amené le général de Gaulle à pousser son célèbre «Vive le Québec libre!»

Par : Yvon Larose
Tous connaissent ces quatre mots qui ont fait l’histoire, un soir de juillet 1967 à l’hôtel de ville de Montréal. Sur le balcon, le général Charles de Gaulle, président de la France, après un parcours triomphal en voiture entre Québec et Montréal, termine son discours par une formule-choc: «Vive le Québec libre!». «De Gaulle était “grisé” par l’accueil reçu sur son parcours de ceux qu’il surnommait “les Français du Canada”, par cette ferveur et cet enthousiasme délirant qui allaient crescendo», raconte Bernard Lachaise, professeur d’histoire contemporaine à l’Université de Bordeaux 3 et spécialiste du gaullisme. Selon ce dernier, les historiens et les politologues ont beaucoup insisté sur les circonstances qui auraient amené le général à prendre position en faveur de l’affirmation nationale du peuple québécois. «Mais, poursuit Bernard Lachaise, je crois qu’il faut rééquilibrer un peu les choses et voir qu’il y a eu beaucoup de réflexion en amont.»

Bernard Lachaise a prononcé une conférence sur ce thème le 7 novembre à l’hôtel Hilton Québec à l’occasion du 36e congrès annuel de la Western Society of French History. Le professeur Michel De Waele, directeur du Département d’histoire à l’Université Laval, était le coprésident du comité organisateur local de l’événement. Le congrès a attiré près de 300 participants.

«De Gaulle a une connaissance précise de l’histoire de la Nouvelle-France, explique Bernard Lachaise. Cette connaissance livresque a été complétée par les contacts qu’il a eus avec des Canadiens français pendant la Seconde Guerre mondiale et par ses voyages au Canada en 1944, 1945 et 1960. Mais sa position envers les Canadiens français a mis du temps à se forger.» Selon lui, l’année 1963 constitue un tournant. À preuve, cette remarque que le général rédige en marge d’une note sur la visite officielle en France de Lester B. Pearson, premier ministre du Canada. «Le Canada français, écrit de Gaulle, deviendra nécessairement un État, c’est dans cette perspective que nous devons agir.»

En 1966, le général reçoit une triple invitation à se rendre au Canada pour l’Exposition universelle de Montréal de 1967. Quand le ministre Alain Peyrefitte lui demande s’il acceptera l’invitation, de Gaulle répond: «Sûrement pas! Le Québec est devenu une marmite en ébullition.» Pourtant, il ira. Et sa position sur le Québec sera très claire. À Québec, le 23 juillet, il déclare qu’«on assiste ici, comme en maintes régions du monde, à l’avènement d’un peuple qui veut, dans tous les domaines, disposer de lui-même et prendre en main ses destinées. Cet avènement, c’est de toute son âme que la France le salue». Le lendemain, il est à Montréal. Son «Vive le Québec libre!» est qualifié de «propos inacceptable » par le premier ministre canadien. Le 26, de Gaulle annonce qu’il met un terme à sa visite au Canada.
Selon Bernard Lachaise, la prise de position française en faveur du Québec s’explique notamment par une volonté de la France de promouvoir le droit des peuples de disposer d’eux-mêmes, par le fait que de Gaulle est un habitué de la controverse, lui qui a notamment reconnu la Chine communiste, et que la France a posé des gestes forts et durables à l’endroit du Québec depuis 1961, entre autres en signant un accord bilatéral en matière d’éducation.

En France, les réactions varient. «C’est une gaffe regrettable», aurait commenté le premier ministre Georges Pompidou. Selon Bernard Lachaise, l’image internationale de la France est ressortie «troublée et affaiblie» dans le monde atlantique, mais «renforcée» dans le tiers-monde.

Université Laval

2325, rue de l'Université
Québec (Québec) G1V 0A6

Téléphone: 418 656-2131 1 877 785-2825

Demande d’information

Suivez nous!