Société

La ville de tous les possibles?

À Québec, plusieurs obstacles de taille attendent les femmes immigrantes et réfugiées

Par : Renée Larochelle
En tant que ville francophone et universitaire, Québec possède une sorte d’aura qui incite plusieurs femmes immigrantes et réfugiées provenant de pays francophones et même non francophones à s’y établir ou du moins à accepter d’y faire leur vie. On dit aussi de Québec qu’il est plutôt facile d’y trouver un emploi lié à ses qualifications. Mais la réalité diffère parfois de ce que ces femmes avaient imaginé. Au fil de leurs expériences, l’homogénéité francophone de la ville, qui pouvait présenter un attrait au départ ou ne posait pas de problème particulier, peut être perçue comme un obstacle limitant les possibilités au plan de l’emploi, de l’éducation des enfants et des réseaux sociaux. C’est ce qui se dégage, entre autres résultats, d’une quarantaine d’entrevues réalisées au cours des trois dernières années par Lucille Guilbert auprès de quelque 75 femmes immigrantes et réfugiées. Professeure d’ethnologie au Département d’histoire, Lucille Guilbert est responsable de l’EDIQ (Équipe sur la diversité culturelle et l’immigration dans la région de Québec). Elle a prononcé une conférence le 19 novembre au Musée de la civilisation sur les raisons qui président à la décision d’immigrer à Québec, d’y rester ou de la quitter pour une autre ville.

L’abattoir qui tue
«Plusieurs femmes reviennent aux études parce que les obstacles qu’elles ont rencontrés sur le marché de l’emploi sont infranchissables, a expliqué Lucille Guilbert. Ces obstacles sont de plusieurs ordres: problèmes d’équivalence des diplômes, difficulté à maîtriser la langue française après un an de francisation, barrières créées par les employeurs qui exigent une “expérience de travail québécoise” et, enfin, une discrimination subtile de la part d'employés d’organismes qui ne les accompagnent pas adéquatement dans leur démarche et les orientent vers un travail bien au-dessous du niveau de leurs formations et expériences professionnelles.»

Des exemples? Avant de venir comme réfugiée à Québec, Rafaela était professeure de portugais et d’anglais au Brésil. Ses diplômes n’ont pas été reconnus ici même si elle a été sélectionnée par l’immigration sur la base de ces mêmes diplômes obtenus en France. Situation similaire pour Angela, d’origine colombienne et enseignante au primaire dans son pays, qui pensait apprendre le français et trouver un emploi comme enseignante. En lieu et place du poste convoité, elle travaille dans un abattoir en région, «une déqualification ressentie non seulement comme une perte de statut social, mais aussi comme une perte d’intégrité physique et morale», fait valoir Lucille Guilbert. Parfois, le manque d’information sur le pays d’accueil place les femmes et leurs familles dans des situations extrêmement déstabilisantes. C’est le cas de Nadine, a rapporté la conférencière, une réfugiée ougandaise du Congo qui regrette de ne pas avoir été informée que le français était la langue parlée par la majorité au Québec et de ne pas avoir eu le choix de la destination. L’Ouganda étant un pays anglophone, ses enfants ont dû reprendre depuis le début leur scolarité en français au Québec.

Il existe toutefois des trajectoires plus heureuses. Avec en poche leur statut de résidente permanente, plusieurs femmes provenant du Maroc, d’Algérie ou de Roumanie et parlant déjà le français arrivent à Québec comme immigrantes indépendantes et commencent des études universitaires dès leur arrivée. S’étant informées sur le Québec par Internet ou en consultant leurs réseaux de connaissances, elles ont choisi l’Université Laval et, par extension, la ville de Québec. Leur choix est clair et elles ont confiance de trouver un emploi dans leur domaine dans cette ville où tout leur sera peut-être possible.

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