Société

La Turquie des réfugiés

Danièle Bélanger, professeure au Département de géographie, revient de Turquie, où elle a découvert la dure réalité des réfugiés syriens, coincés dans ce pays depuis plusieurs années

Par : Pascale Guéricolas
Évoquer le sort des réfugiés syriens, c'est souvent penser à l'Europe et à ces foules bravant la Méditerranée sur des embarcations de fortune. Pourtant, seulement 10% des personnes fuyant la guerre civile syrienne se trouvent dans un pays de l'Union européenne. En fait, la Turquie constitue le premier pays d'accueil de ces personnes avec près de 2,8 millions de réfugiés recensés officiellement en octobre dernier. Danièle Bélanger, une géographe spécialisée dans les déplacements de populations, vient de visiter trois villes turques aux prises avec l'afflux de nombreux réfugiés. Pour ce voyage, elle a bénéficié de l'aide du Bureau de la recherche et de la création (BRC) ainsi que de la Faculté de foresterie, de géographie et de géomatique. Le but de ce séjour était de préparer une recherche pour mieux comprendre les services dont disposent les réfugiés.

«En théorie, la Turquie offre aux réfugiés un régime de protection qui leur permet notamment d'être soigné, d'avoir accès à l'éducation et de disposer d'un permis de travail», explique Audrey Lord, étudiante à la maîtrise à l'Institut québécois des hautes études internationales dont les travaux, sous la supervision de Danièle Bélanger, touchent à la situation des réfugiés. Cependant, selon la professeure qui a séjourné à Ankara, la capitale turque, à Gaziantep et à Hatay-Antakya, villes proches de la frontière syrienne, la réalité sur le terrain est tout autre. Sur place, les personnes déplacées éprouvent bien des difficultés à accéder à des soins à l'hôpital ou à scolariser leurs enfants.

«Les places dans les écoles manquent, précise Danièle Bélanger. Et lorsque finalement les enfants syriens arrivent en classe, ils se heurtent à beaucoup de discrimination et de xénophobie.» Selon les statistiques, près de 60% d'entre eux ne sont pas scolarisés. Cette réalité touche surtout les Syriens qui ont trouvé refuge dans les villes. Les camps, où se trouvent environ 15% des réfugiés, disposent souvent d'écoles temporaires qui ont adopté le système d'éducation syrien.

Les réfugiés doivent faire face à un autre obstacle, et de taille, soit l'impossibilité de communiquer avec les Turcs dans leur langue. Si les Syriens disposent d'un solide réseau de connaissances à Hatay, un territoire qui a appartenu à la Syrie jusque dans les années 1930, ailleurs les interprètes arabophones ne suffisent pas à la tâche.

Les tensions montent en Turquie, aux prises non seulement avec les réfugiés syriens, mais également avec les centaines de milliers de personnes qui ont fui l'Afghanistan, l'Irak et la Somalie. Le prix des logements a considérablement augmenté dans des villes comme Gaziantep, dont plus d'un tiers de la population est réfugiée. Ces populations aux revenus précaires bouleversent l'équilibre économique existant. Les enfants travaillent souvent dans le textile ou l'agriculture pour subvenir aux besoins de leur famille, provoquant ainsi une baisse des salaires pour les Turcs. De plus, les Syriens ouvrent des commerces où les biens et services sont négociés à moindre coût, qui font concurrence aux boutiques locales.

Consciente de ces difficultés, l'ASAM (Association for Solidarity with Asylum Seekers and Migrants) tente de mettre sur pied des services spécifiques pour les réfugiés. Grâce à cette ONG, qui a le soutien de l'Agence des Nations Unies pour les réfugiés, Danièle Bélanger a visité plusieurs centres où les enfants syriens bénéficient d'activités pendant que leurs parents sont guidés dans les méandres de l'administration turque. «Selon cette association, le gouvernement turc devrait cesser de traiter les Syriens comme des invités temporaires et mettre en place une réelle politique d'intégration», remarque la professeure au Département de géographie. La chercheuse espère retourner en Turquie en février prochain pour poursuivre ses travaux.

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