Société

La Troisième Guerre mondiale n'a pas eu lieu

Un professeur et des étudiants de l’Institut québécois des hautes études internationales (HEI) ont revécu la crise des missiles de Cuba qui a mené le monde au bord du gouffre en octobre 1962

Par : Renée Larochelle
La cellule de crise «Washington 1962» formée des étudiants des HEI, au consulat des États-Unis à Québec, en décembre dernier: trois heures intensives pour comprendre la complexité des discussions en politique étrangère.
La cellule de crise «Washington 1962» formée des étudiants des HEI, au consulat des États-Unis à Québec, en décembre dernier: trois heures intensives pour comprendre la complexité des discussions en politique étrangère.
La scène se passe en réalité le 7 décembre 2009 au consulat général des États-Unis à Québec, mais nous sommes, dans la fiction, en octobre 1962. Autour d’une table ovale, Jonathan Paquin, professeur au Département de science politique, alias Robert Kennedy, et David Fetter, consul américain à Québec, alias John Kennedy, discutent des moyens à prendre pour régler une crise majeure opposant les États-Unis et l’URSS. Pour les conseiller, quinze étudiants du cours  La politique étrangère des États-Unis offert à l’Institut québécois des hautes études internationales (HEI). Chaque étudiant représente un organisme: la CIA, le département de la Défense, le département d’État, le Conseil de sécurité nationale et l’ambassade américaine à l’ONU, pour ne citer que ces groupes. Ensemble, ils reconstituent la crise des missiles de Cuba survenue en octobre 1962, version Washington, en tenant compte de ce qu’on savait de cette terrible impasse considérée aujourd’hui comme le point culminant de la guerre froide. Après avoir reçu l’assurance de la part du président John Kennedy que les États-Unis n’envahiraient pas Cuba, le leader russe Nikita Khrouchtchev acceptera en effet de retirer les missiles soviétiques de l’île. Plus tard, Kennedy décidera de mettre fin au blocus maritime. C’est à l’issue de la crise de Cuba que les États-Unis et l’URSS mettront en place le fameux  «téléphone rouge» pour des relations directes entre les deux pays en état de crise.

Les hommes du président
«Si le conflit ne s’était pas réglé pacifiquement, les risques que survienne une guerre nucléaire étaient très élevés, affirme Marc-Olivier Laurin, dont le rôle principal consistait à conseiller le président américain. C’est sans aucun doute l’engagement de non-invasion de Cuba signé par John Kennedy et permettant à Khrouchtchev de sauver la face en quelque sorte qui aura permis la négociation et d’éviter le pire.» Quant à l’exercice de simulation en tant que tel, l’étudiant l’a trouvé très constructif. «Cela nous permet non seulement de nous plonger dans le contexte de l’époque, mais aussi de réaliser à quel point il y avait urgence d’agir malgré le stress», explique-t-il. Même son de cloche chez Philippe Valentine qui a lui aussi beaucoup aimé l’expérience. «Le seul élément qui a joué en la défaveur de la simulation est le manque de temps, dit cet étudiant. Étant donné que nous ne disposions que de trois heures, nous avons dû être vite efficaces et survoler l’ensemble des aspects inhérents à une telle gestion de crise».

«Les étudiants devaient garder en tête de toujours y aller avec modération, souligne pour sa part le professeur Jonathan Paquin. L’objectif d’une simulation de ce genre est de leur faire prendre conscience que les discussions en politique étrangère sont extrêmement complexes et fonctionnent sur la base d’information partielle. On ne sait jamais si l’ennemi bluffe ou pas. On doit aussi tenir compte de plusieurs niveaux d’analyse, sans oublier les luttes intestines entre les différents départements qui tirent la couverture de leur bord.» Même s’il insiste sur le fait que les véritables vedettes de cette simulation ont été les étudiants du cours, très bien préparés par ailleurs, Jonathan Paquin dit avoir aimé se mettre dans la peau de Robert Kennedy, frère de John et alors ministre de la Justice, soutenant même que dans les faits, c’est ce même homme qui aurait dénoué la crise des missiles de Cuba.

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