Société

«La nouvelle économie forestière est déjà en marche»

Selon Luc Bouthillier, les produits à valeur ajoutée représentent une des solutions à la crise qui ébranle présentement l’industrie québécoise du bois

Par : Yvon Larose
Le secteur forestier québécois vit des heures sombres. De nombreuses fermetures de scieries ont mis des milliers de travailleurs à la rue depuis plus d’un an. La trésorerie de bien des entreprises est pratiquement à sec. La capitalisation boursière de grandes papetières comme Tembec, Abitibi-Consolidated et Domtar est très faible. Et l’industrie dans son ensemble accuse un retard technologique certain. En plus d’être peu rentable, cette industrie a actuellement du mal à être concurrentielle. «Cette crise majeure était prévisible parce que l’industrie du bois est cyclique, explique Luc Bouthillier, professeur au Département des sciences du bois et de la forêt. Ça cogne très dur cette fois-ci à cause de la conjonction de divers facteurs conjoncturels et structurels. La plupart des usines qui ont fermé le resteront pour une durée indéterminée. Il faut s’attendre à une rationalisation d’effectifs et à une consolidation d’usines. Je ne prévois pas d’amélioration de ce côté avant le printemps 2007.»

Luc Bouthillier rappelle que les entreprises forestières québécoises exportent 85 % de leur production aux États-Unis. Or, la construction domiciliaire dans ce pays est en baisse d’un demi-million de mises en chantier depuis le début de l’année. «Comme nos producteurs de bois ont continué à produire, indique-t-il, le surplus d’offre a entraîné une baisse des prix. Et cette baisse est telle que plusieurs entreprises, dont la structure de coûts de production est élevée, notamment parce qu’il faut aller chercher le bois de plus en plus loin en forêt, ont arrêté de produire parce qu’elles produisaient à perte.»

Comme autres facteurs aggravants, Luc Bouthillier identifie la force du dollar canadien qui rend les exportations moins concurrentielles, la diminution de 20 % de la possibilité de coupe en forêt publique québécoise et la taxe à l’exportation que doit imposer le gouvernement canadien dans le cadre de l’entente canado-américaine sur le bois-d’œuvre, taxe qui peut aller jusqu’à 15 % sur le 1 000 pieds mesure de planche. Il y a aussi la baisse de la demande en papier journal. Au Québec, plus de la moitié de chaque arbre récolté sert à la production de papier journal. «En 2000, les Américains avaient besoin de 14 millions de tonnes de papier journal, explique Luc Bouthillier. EN 2005, c’était 11 millions de tonnes. Et en 2006, on voit une baisse de 8 % pour les huit premiers mois. Le rythme s’accélère. La raison est qu’il se lit moins de journaux à la grandeur du continent. En plus, les éditeurs ont comprimé le format de leurs journaux, ce qui réduit les besoins en papier.»

Jouer la carte de l’innovation
Selon Luc Bouthillier, les industriels de la forêt auraient tout intérêt à faire le virage de l’innovation comme l’ont fait les Suédois, dans les année 1990, en améliorant leurs procédés de fabrication et en misant sur la valeur ajoutée et le leadership technologique. «Si les industriels d’ici se sont cantonnés dans les produits de masse traditionnels comme le papier journal et le bois-d’œuvre, c’est parce que l’immense marché américain à proximité prenait la quasi-totalité de leur production, souligne le professeur. Ce n’est pas dans leur culture d’innover avec des produits qui vont engendrer plus de revenus.»

Pourtant, certains ont saisi le message. On compte actuellement au Québec plus d’une centaine d’entreprises innovantes spécialisées dans les composantes de maison et les maisons usinées. «La nouvelle économie forestière est déjà en marche, affirme Luc Bouthillier. Avec 9 % du bois récolté au Québec, ces entreprises emploient environ 40 000 travailleurs. Et cette année, pour la première fois, la valeur des exportations du secteur des composantes de maison et des maisons usinées est pratiquement équivalente à la valeur des exportations des pâtes, papiers, cartons, panneaux et bois d’œuvre. C’est énorme!» Selon lui, le marché de la rénovation domiciliaire représente tout un créneau pour de nouveaux produits à valeur ajoutée comme ceux qui sont développés au pavillon Gene-H.-Kruger de l’Université Laval, une infrastructure de pointe en génie du bois. Cela dit, dans leurs récentes sorties publiques, les intervenants industriels n’ont fait aucune allusion au virage vers la valeur ajoutée. «Je suis d’accord pour que le gouvernement aide l’industrie forestière, indique Luc Bouthillier. Mais qu’on mette des conditions à cette aide. Qu’on obtienne l’engagement de l’industrie dans une stratégie d’innovation.»
La Faculté de foresterie et de géomatique sera l’hôte d’un Sommet sur l’avenir du secteur forestier en février prochain. Les consensus qui seront établis mèneront à une vision commune d’un nouveau modèle de gestion pour la protection et la mise en valeur de toutes les ressources du milieu forestier.

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