Société

La folie des grandeurs

Récipiendaire de plusieurs prix en architecture, l’étudiant à la maîtrise Olivier Jacques s’intéresse aux effets pervers de la démesure urbaine  

Par : Renée Larochelle
Connaissez-vous la Shibuya Crossing de Tokyo? Il s’agit de l’intersection la plus achalandée au monde, avec en moyenne 1 500 piétons qui la traversent chaque fois que le feu vire au vert. Dans une seule journée, quelque 2,4 millions d’individus y passent. Cette fourmilière humaine fascine Olivier Jacques, comme tout ce qui touche à la démesure. Aux fins de la double maîtrise professionnelle et scientifique qu’il complète actuellement à l’École d’architecture – ce qui constitue un exploit en soi - Olivier Jacques a imaginé un audacieux projet de tours d’habitation ayant pignon sur la célèbre intersection et destiné, entre autres, à aider les Hikikomoris, ces décrocheurs du système vivant enfermés dans leur chambre, à sortir de chez eux et à reprendre une vie normale. La première tour est ainsi aménagée de façon à encourager un contact progressif avec d’autres agoraphobes. S’adressant à la foule, la seconde tour se présente comme un immense labyrinthe vertical sillonné par des escaliers roulants et des galeries commerciales. C’est un espace public où on peut flâner et marcher sans but, question de s’abandonner durant quelques instants au hasard des rencontres et des lieux.
   
«La psychologie de la vie en métropole et les problèmes qui en découlent, comme la neurasthénie, m’intéressent énormément», souligne Olivier Jacques. «Qu’est-ce qui pousse l’être humain à aller se perdre dans la congestion des villes? Que fait-il pour échapper au déséquilibre et au vertige? Ce sont là des questions très théoriques dont je compte me servir pour mieux revenir à la pratique», explique tranquillement le futur architecte. En avril, son projet d’habitation a été récompensé par une série impressionnante de prix devant un jury composé d’architectes et de professeurs de l’École d’architecture. Âgé de 23 ans, ce jeune homme né à L’Ancienne-Lorette a le vent dans les voiles, ayant déjà effectué deux stages outre-mer dans des firmes d’architectes, l’un à Hanoï, au Vietnam, et l’autre à Berlin, en Allemagne. Pour l’heure, et bien qu’il ait reçu plusieurs offres d’emploi au Québec, Olivier Jacques souhaite retourner au Japon afin d’explorer cette civilisation à ses yeux follement attirante.

Le bon choix
Professeur titulaire à l’École d’architecture, Georges Teyssot a supervisé les deux maîtrises de cet étudiant qu’il qualifie de particulièrement brillant et pour lequel il ne tarit pas d’éloges. «Olivier Jacques a une grande capacité de se mouvoir tant dans le domaine de la recherche théorique que dans celui des pratiques les plus avant-gardistes qui soient, dit Georges Teyssot. Par exemple, tout en sachant manier les concepts, il sait utiliser d'une manière créative les logiciels les plus performants, ce qui le hisse à mon avis à un niveau international comparable avec celui des architectes qui sortent des grandes universités américaines et européennes.» Directeur de l’École d’architecture, Jacques White abonde dans le même sens. «Un architecte, c’est quelqu’un qui a des idées et qui sait les organiser, déclare-t-il. Olivier possède évidemment ces qualités, mais il réussit à réconcilier la théorie avec la pratique. En architecture, les études supérieures semblent toujours un peu nébuleuses. Avec Olivier, on est résolument au 21e siècle et on avance.»
   
Interrogé sur sa passion pour l’architecture, Olivier Jacques dit seulement avoir senti qu’il avait effectué le bon choix et s’être trouvé à la bonne place, et ce, dès ses premiers pas au baccalauréat. «J’aime le travail manuel, la créativité artistique et les travaux théoriques. L’architecture est un domaine qui m’offre tout cela», assure-t-il. Même si ses projets donnent le vertige, le jeune homme privilégie toutefois une architecture à l’échelle humaine, axée sur les besoins des gens. «Au cours de mes stages à Hanoï, j’ai vu des camions et des grues arriver en plein milieu d’un champ et se mettre à construire des bâtiments et des quartiers entiers 24 heures sur 24 sans aucun respect de l’environnement, rappelle-t-il. C’est assez alarmant.» Par contre, des réalisations architecturales comme le gigantesque Nid d’oiseau construit pour les Jeux olympiques de Pékin le jettent littéralement par terre et les architectes ayant travaillé à sa conception ont toute son admiration. «Il s’agit d’une structure très intéressante techniquement parlant, estime Olivier Jacques. C’est tout simplement magnifique.»
 

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