Société

Knockin' On Heaven's Door

De nombreux hommes de la première cohorte des baby-boomers sont susceptibles de vivre une expérience spirituelle féconde en fin de vie

Par : Yvon Larose
Comment les enfants du baby-boom, en particulier les hommes nés entre 1943 et 1953 et baptisés catholiques, qui ont été les premiers à nourrir le mythe de la jeunesse perpétuelle et qui ont changé beaucoup de choses dans la société québécoise, réagissent-ils aujourd’hui alors que, maintenant âgés entre 55 et 65 ans, ils sont confrontés, pour certains d’entre eux, à leur fin prochaine en raison d’une grave maladie?

Selon Gilles Nadeau, auteur d’une thèse de doctorat en théologie pratique dont il vient de faire la soutenance et qui s’intitule: «L’expérience spirituelle des hommes québécois baby-boomers en phase palliative de cancer», ces hommes démontrent lucidité et courage à l’approche de la mort. Le moral est bon et ils parlent librement et avec beaucoup de vérité de leurs émotions. Ils sont conscients d’avoir été gâtés par la vie et ils ont le désir de bien terminer celle-ci. De plus, ils vivent une démarche spirituelle. «Les hommes que j’ai rencontrés et qui allaient mourir ont reconnu que la maladie avait provoqué chez eux un réveil spirituel, explique Gilles Nadeau. Ils sont croyants et ils prient. Ils ont conservé un certain attachement à Dieu dont ils ressentent la présence à certains moments. La prière personnelle, le contact avec la nature et certaines pratiques religieuses les aident à entretenir ce contact avec le divin. Ils ont une certaine nostalgie de la religion de leur enfance. Même si le bilan de leur pratique religieuse génère une certaine culpabilité, ils sont certains que Dieu leur pardonne et qu’il ne les abandonne pas.»

Gilles Nadeau est membre de l’équipe de formation du Grand Séminaire de Québec, animateur de pastorale à la Maison Michel-Sarrazin et professeur associé à la Faculté de théologie et de sciences religieuses. Aux fins de sa recherche doctorale, il a interviewé quatre hommes malades hospitalisés à l’Hôtel-Dieu de Québec. Selon lui, ces hommes sont assez représentatifs de leur génération. «Les baby-boomers, précise-t-il, ont été formés à contrôler leur destinée, à être forts. Ils ont des valeurs et ils se sont beaucoup engagés.»

Les témoignages recueillis par Gilles Nadeau viennent nuancer une certaine image des hommes baby-boomers décrits comme des êtres égoïstes, dont le sens religieux est douteux et qui parlent difficilement de leurs émotions profondes. «J’ai rencontré, dit-il, des pères de famille dont les enfants comptaient pour beaucoup et qui ont insisté sur leurs responsabilités de père. Ils ont parlé ouvertement sous le mode du récit. Ils avaient le sentiment de rendre service avant de mourir. On reproche aux hommes de cette génération de ne pas s’intéresser à la religion, que c’est une affaire de femmes. Ce n’est pas du tout ça que j’ai observé.»
 
La première cohorte des hommes québécois baby-boomers a reçu une éducation catholique très forte. «Il en est resté quelque chose qui ressort en fin de vie, souligne Gilles Nadeau. On m’a parlé du petit catéchisme, l’un d’eux a sorti un chapelet, un autre est allé prier au sanctuaire de Sainte-Anne-de-Beaupré.» Selon lui, ces hommes ont laissé un bel héritage. «Pour eux, affirme-t-il, le christianisme est une religion de l’Incarnation où les notions de devoir, de responsabilité, d’engagement, de dépassement et de prière sont présentes.»

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