Société

Intolérance 101

Selon la politologue Pauline Côté, le chef de l’ADQ Mario Dumont fait preuve d’un comportement irresponsable dans la question des accommodements raisonnables

Par : Renée Larochelle
Dans le dossier épineux et émotif des accommodements raisonnables, le chef de l’ADQ Mario Dumont se conduit de manière tout à fait irresponsable, croit Pauline Côté, directrice du Département de science politique. «Mario Dumont considère les accommodements raisonnables comme des concessions faites à l’endroit des groupes religieux, alors que la notion d’accommodement raisonnable est une conséquence du droit à l’égalité, qu’elle vise des individus et qu’elle peut être invoquée pour des motifs autres que religieux, rappelle Pauline Côté. Il faut se rappeler que l’accommodement raisonnable existe pour contrer l’impact discriminatoire d’une loi ou d’une norme en apparence neutre», dit encore la politologue. On peut faire des accommodements raisonnables en donnant accès à des locaux commerciaux pour des personnes handicapées ou en réaménageant des horaires de travail, par exemple.» 
 
Lors d’une conférence ayant pour thème «Accommodements raisonnables : intolérance et irresponsabilité politique» qu’elle a prononcée le 19 mars au pavillon Charles-De Koninck, Pauline Côté a écorché au passage «l’agenda confessionnel» de Mario Dumont. «Dans une lettre ouverte qu’il a adressé aux Québécois le 16 janvier, a t-elle expliqué, Mario Dumont a affirmé que les dirigeants d’organismes publics devraient cesser de "mettre de côté nos propres valeurs communes pour satisfaire des demandes formulées par des représentants des communautés". Ces valeurs communes s’inspireraient en premier lieu de "notre tradition religieuse". Pour autant que je sache, note Pauline Côté, la tradition religieuse ne figure pas à la plate-forme de l’ADQ, d’une part. D’autre part, se peut-il que Mario Dumont ignore le sens de la notion d’accommodements raisonnables, laquelle je le répète, se conçoit comme une conséquence du droit à l’égalité?»
 
Un couteau entre les dents
Même comportement irresponsable du chef de l’ADQ dans le cas de la municipalité d’Hérouxville qui s’est doté récemment d’un «code de vie» et dont l’histoire a fait le tour de la planète. Si le chef libéral Jean Charest et le chef péquiste André Boisclair ont déploré l’épisode, Mario Dumont, lui, a interprété le geste comme un cri du cœur de la population. «Le contraire aurait été surprenant, affirme Pauline Côté. Depuis plus d’un an, à la suite du jugement Singh rendu par la Cour suprême autorisant un jeune sikh à porter le kirpan, Mario Dumont a contribué à colporter dans l’opinion publique l’idée que les tribunaux permettent à des fanatiques de se promener à l’école publique avec un poignard entre les dents.» Selon la politologue, les entrepreneurs politiques de bien des pays occidentaux ont compris qu’il y avait là matière à faire avancer leur carrière politique dans le débat public entourant la question de la diversification religieuse, en entretenant une sorte de climat d’intolérance.
 
«Je dis souvent à mes étudiants qu’il faut seulement 30 secondes pour soulever de l’intolérance dans une salle, mais qu’il faut parfois 30 minutes, 30 mois ou même 30 ans pour se défaire d’un préjugé, dit Pauline Côté. D’où la nécessité de s’informer et de faire des choix éclairés.»

Université Laval

2325, rue de l'Université
Québec (Québec) G1V 0A6

Téléphone: 418 656-2131 1 877 785-2825

Demande d’information

Suivez nous!