Société

Impopulaire, mais fiable

Un ouvrage collectif lancé par les PUL conclut que le gouvernement Charest n’a pas été aussi mauvais qu’on a pu le dire

Par : Yvon Larose
En trois années de pouvoir, soit du printemps 2003 au printemps 2006, le gouvernement libéral dirigé par Jean Charest a entrepris une série d’initiatives souvent controversées. Il a mal expliqué ses orientations et ses décisions. Il a manqué de sensibilité envers la population en plus de montrer peu d’ouverture au dialogue. Il a été arrogant et maladroit. Par voie de conséquence, il a atteint des sommets d’impopularité en politique québécoise. Pourtant, il a respecté la majorité de ses promesses électorales. Il n’a donc pas été aussi mauvais qu’on a pu le dire. Tel est le constat assez surprenant d’un ouvrage collectif paru récemment aux Presses de l’Université Laval. Intitulé Le Parti libéral, ce livre de 444 pages est sous-titré Enquête sur les réalisations du gouvernement Charest. En tout, 27 universitaires, dont six professeurs et trois étudiants de l’Université Laval, ont prêté leur concours à cette évaluation approfondie, critique et rigoureuse de l’action du gouvernement québécois actuel.

Des enjeux divers
Les chercheurs ont notamment constaté que le gouvernement a réalisé, entièrement ou en partie, 60 % des 50 promesses contenues dans son programme électoral. Le dossier des fusions municipales constitue globalement une réussite. Le Conseil de la fédération reçoit une note assez positive pour ses premières années d’existence, lui qui remplace la réunion annuelle des premiers ministres provinciaux et territoriaux. La politique extérieure du gouvernement obtient la même évaluation.

La réingénierie de l’État n’a pas amené de véritable changement de modèle de gouvernance en raison d’actions trop limitées à ce jour. Mais lorsqu’ils sont réussis, les partenariats public-privé, qui sont au cœur du projet, ont rendu plus flexible le système administratif. Dans le dossier du gouvernement en ligne, la plupart des engagements ont été tenus. Ils visaient la transformation des communications de l’État par l’utilisation généralisée des nouvelles technologies de l’information. Quant au projet de réforme du système électoral, qui vise à instaurer un système mixte compensatoire, il a bien cheminé, bien qu’il se soit soldé à ce jour par un demi-échec.

En santé, le gouvernement a tenu la plupart de ses promesses, surtout celles qui touchent aux soins médico-hospitaliers. Cependant, de nombreuses réalisations se sont limitées à la mise en place d’un cadre législatif. La culture organisationnelle et les comportements des professionnels et des gestionnaires n’ont donc pas été modifiés. En éducation, l’inertie bureaucratique et la culture institutionnelle des réseaux ont constitué autant d’obstacles aux espoirs de réingénierie. Le gouvernement a eu des difficultés à concrétiser ses promesses en ce qui concerne l’implantation des immigrants en régions. Cependant, en matière de développement durable, d’énergie et de ressources naturelles, il a réalisé en totalité ou en partie une majorité de ses engagements.

«Il est vrai que Jean Charest n’a pas vraiment respecté les promesses importantes d’abaisser les impôts, de réinvestir dans la santé et l’éducation et de transformer la fonction publique grâce à la réingénierie de l’État, est-il écrit en conclusion de l’ouvrage. Mais, à côté de cela, d’autres engagements importants ont été réalisés entièrement ou presque dans les secteurs de la santé, de l’éducation, de l’énergie et bien d’autres.»

Vers un second mandat?
«Depuis le printemps 2006, il y a eu beaucoup moins d’attaques dans les journaux parce que le gouvernement a commis moins de gaffes», souligne François Pétry, professeur au Département de science politique, collaborateur à l’ouvrage Le Parti libéral. Enquête sur les réalisations du gouvernement Charest et coresponsable du contenu de ce même ouvrage. «Le gouvernement paraît moins arrogant, ajoute-t-il. Et le premier ministre apparaît beaucoup plus comme un leader.»

À quelques mois des prochaines élections provinciales, le professeur croit possible la réélection du gouvernement Charest. Celle-ci dépendra de deux facteurs: la conjoncture politique du moment et les bénéfices que la société aura retirés de l’action gouvernementale. Selon François Pétry, le fait que les partis d’opposition ne semblent pas très attrayants pour les électeurs pourrait profiter au parti au pouvoir. Il rappelle que le gouvernement avait l’ambition de créer un nouvel État. «Créer la démocratie électronique, baisser les impôts, changer le système électoral, certains objectifs n’ont pas été réalisés, d’autres avancent timidement, explique-t-il. Est-ce que le Québec est en train de passer à côté de ce qui aurait pu être?» Il est possible que le Québec soit malgré tout en marche vers un modèle de remplacement. «Un modèle ne peut pas durer plus de 30 ou 40 ans, indique François Pétry, et le Québec doit changer le sien, notamment pour faire face à la mondialisation. Cela dit, je ne suis pas sûr que Jean Charest sera l’instrument de ce changement.» En ce qui concerne le contexte politique, soit la probabilité d’élections fédérales au printemps, le professeur estime que Jean Charest aurait intérêt à ne pas trop aligner sa politique sur celle du gouvernement fédéral. «On pourrait concevoir, avance-t-il, que Stephen Harper perde ses élections, que les libéraux reprennent le pouvoir à Ottawa et que Charest gagne ses élections. De nombreux journalistes et sondeurs pensent que ce dernier peut réussir, lui qui est reconnu pour mener de très bonnes campagnes électorales.»

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