Société

Des souris et des médecins

La télémédecine constitue un atout pour attirer des médecins en région, à condition de lui donner sa juste place dans l’hôpital

La télémédecine a des impacts positifs sur plusieurs facteurs qui favorisent le recrutement et la rétention des médecins en région. «Toutefois, ces impacts se matérialiseront si et seulement si cette technologie est bien intégrée à l'organisation des soins de santé et qu'elle est utilisée comme soutien à la pratique médicale», concluent Marie-Pierre Gagnon, Julie Duplantie, Jean-Paul Fortin, de la Faculté de médecine, et Réjean Landry, du Département de management, dans un article publié récemment dans la revue en ligne BMC Health Services Research.

Les chercheurs ont interrogé 41 médecins et 22 administrateurs d’établissements de santé de l’Est du Québec pour recueillir leurs perceptions sur le potentiel de la télémédecine pour pallier la pénurie de médecins en région. Les réponses obtenues indiquent que la télémédecine n’est pas une panacée, mais un des ingrédients d’une recette gagnante. «La télémédecine en soi n’est pas un élément qui influence directement le recrutement ou la rétention des médecins, mais cette technologie a un impact sur des facteurs qui conditionnent la décision de s’établir en région et d’y rester», résument les chercheurs.
Parmi ces facteurs, celui qui est le plus souvent mentionné par les médecins est la qualité de vie. «Les changements dans les valeurs et dans le mode de vie ainsi que la féminisation du corps médical font en sorte que la satisfaction au travail est devenue primordiale pour garder les médecins en région», soulignent les auteurs de l'étude. La possibilité de travailler à distance – même à partir de la maison - et la mise en commun des ressources médicales régionales, qui favorisent tous deux une réduction de la charge de travail, constituent un atout important de la télémédecine aux yeux des répondants.

Médecins et administrateurs apprécient aussi le fait que la télémédecine leur donne des moyens technologiques équivalents à ceux des hôpitaux des grands centres et qu’elle limite le transfert de leurs patients vers ces établissements. Par ailleurs, l’accès à l’expertise de spécialistes de l’extérieur et la possibilité de participer à des activités de formation en ligne contribuent à briser le sentiment d’isolement professionnel des médecins qui pratiquent en région. Ceux-ci redoutent toutefois que l’accès à ce mode de formation les condamne à ne plus pouvoir participer en personne à des congrès médicaux où se nouent des liens entre professionnels de la santé.

Une stratégie de recrutement de médecins qui miserait abondamment sur la télémédecine pourrait faire fuir des candidats qui risquent d’interpréter l’omniprésence de la technologie comme le résultat d’une pénurie de ressources médicales dans l’hôpital. «La télémédecine constitue une solution dans certains cas, mais elle ne remplacera jamais un médecin sur place», ont souligné plusieurs répondants. Les nouvelles technologies de l’information appliquées à la télémédecine constituent donc un atout pour le recrutement et la rétention des médecins, mais il ne faut pas miser uniquement sur ces outils pour résoudre la pénurie de personnel médical en région, concluent les chercheurs.

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