Société

Des croyants nomades

Dans le Québec séculier d’aujourd’hui, le champ du religieux est structuré en fonction de la satisfaction des besoins personnels

Par : Yvon Larose
Les temps sont plutôt durs pour les croyants d’ici. Dans le passé, l’Église catholique apportait une réponse valable aux questionnements existentiels qui préoccupaient ceux et celles qui avaient la foi. Dans le monde séculier d’aujourd’hui, le croyant qui ne trouve pas de réponses satisfaisantes du côté de l’Église a tendance à chercher ailleurs. Sa quête de sens se complique dès lors du fait qu’il doit souvent cheminer seul et sans encadrement. «Le croyant d’aujourd’hui, laissé à lui-même, apparaît comme un nomade sur le plan spirituel, un état amené par un enchevêtrement des itinéraires de sens», explique Raymond Lemieux, professeur retraité de la Faculté de théologie et de sciences religieuses. Il prononçait hier une conférence sur la transformation du religieux au Québec à l’occasion d’un colloque interdisciplinaire tenu au pavillon La Laurentienne. Selon Raymond Lemieux, le champ religieux actuel est structuré par une logique de recherche d’une satisfaction individuelle à un manque. «L’utilité des choix du croyant se rapporte strictement à ce qu’il conçoit être ses besoins propres, indique-t-il. Il peut, par exemple, avoir besoin de la Providence pour sortir d’une impasse de santé. Il peut aussi avoir besoin de la réincarnation pour qu’il puisse s’améliorer comme personne dans une éventuelle vie future, ou du destin pour pouvoir accepter, par exemple, l’échec en cours d’un projet affectif.»

Dans ce contexte de spiritualité à la carte, si un «bien de salut» s’avère satisfaisant, la personne le cultive. Mais si l’expérience est insatisfaisante, elle passe à autre chose. «Le croyant peut aussi passer à un autre bien de salut si de nouveaux besoins apparaissent, souligne Raymond Lemieux. Ces expériences ne sont pas négatives la plupart du temps. On a le sentiment d’avoir fait des progrès, on a acquis quelque chose.» Cela dit, bien des contemporains en quête de sens se retrouvent «désabusés», d’une part par les réponses apportées par la tradition chrétienne et, d’autre part, par leur liberté elle-même. «En prenant des voies non tracées, on risque de se retrouver devant le vide, poursuit le professeur. Cette expérience peut être traumatisante parce qu’il faut faire des choix jamais assurés.»

Même si les institutions religieuses traditionnelles ont connu, au Québec, un effritement rapide et drastique dans les années 1960 et 1970, et malgré la sécularisation des mœurs qui s’ensuivit, les phénomènes à caractère religieux n’ont jamais été évacués. «La religiosité est peut-être plus vivante que jamais, avance Raymond Lemieux. Elle s’exprime aujourd’hui sous des formes différentes et multiples, notamment à travers toutes sortes de petits groupes religieux.» La pratique religieuse, bien que très faible, existe toujours. Au début des années 1990, de 25 à 30 % des résidants dans les milieux ruraux du diocèse de Québec allaient encore régulièrement à la messe. Selon le professeur, le Québec a atteint un degré élevé de sécularisation. «Il existe ici une radicalité qui m’apparaît assez spécifiquement québécoise, dit-il. On sent une retenue qui fait que même les gens qui ont des convictions religieuses craignent de les exprimer.»

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