Société

Déni, résignation, sérénité

Selon Jean-Louis Drolet, la mort, dans le grand âge, fait partie du tissu même de la vie et nous avons avantage à l'accepter

Le renoncement caractérise le processus de vieillissement. Dans le grand âge, il faut laisser aller, prendre une distance pour se tourner vers autre chose. On vit moins dans le faire et dans la performance. On peut développer davantage notre être, moins en quantité, plus en qualité.
Après le rire en 2011 et l'érotisme en 2017, le cinéaste au long cours Fernand Dansereau signe le troisième et dernier volet de sa série documentaire sur la vieillesse. Cette fois il se penche sur la notion de l'espérance face à la mort. Déni, résignation, sérénité, quelle attitude doit-on adopter? Pour tenter de faire le point sur cette question, le cinéaste interroge des spécialistes de la santé, des philosophes et des amis âgés. Le film Le vieil âge et l'espérance est en salle depuis le 26 avril.

«La question de fond que pose le film est: peut-on bien vieillir? Peut-on se sentir vivant en vieillissant?» explique le psychologue Jean-Louis Drolet. Ce professeur associé au Département des fondements et pratiques en éducation de l'Université Laval est l'auteur du livre La route du sens, sous-titré L'art de s'épanouir dans un monde incertain. Ce livre a fait l'objet d'une réédition en 2018 aux Éditions de l'Homme. Il avait attiré l'attention de Fernand Dansereau, d'où la présence du psychologue dans le film.

Tout au long des 87 minutes que dure le film, le cinéaste tente de trouver des réponses à des questions fondamentales portant notamment sur les limitations physiques et la perte d'êtres chers. «Est-ce qu'il y a moyen de trouver un peu de sérénité quelque part face aux épreuves du grand âge et face à la mort?», demande Fernand Dansereau.

Une femme âgée dira: «Ce qui est important pour moi c'est aujourd'hui, ce que je suis encore capable de faire et ce que je peux encore apprendre».

Dans leur témoignage respectif, les cinéastes Martin Duckworth, Jean-Claude Labrecque et Denys Arcand font différents constats. Le premier revient sur sa très longue relation amoureuse avec sa conjointe maintenant mourante. «Notre amour de 46 ans était la force majeure de ma vie», dit-il. Le deuxième lance un: «J'ai jamais pensé que je vieillirais». Quant au troisième, il y va d'une définition. «Je suis un matérialiste positif. Donc, je crois à ce que je touche. Tu es là, je te touche. Au-delà de ça…»

Dans le film, on voit Jean-Louis Drolet insister sur l'importance de se demander à tout moment «Est-ce que je vis la vie que je veux vivre?». Selon lui, pour être habité par l'espérance, il faut envisager la vieillesse de manière plus positive. «On pense, explique-t-il, que les gens plus vieux n'ont pas d'espoir, que l'espoir appartient à la jeunesse. En fait, la vieillesse est aussi précieuse que la jeunesse. Il faut s'ouvrir à elle dans toutes ses réalités; il faut en parler, l'accepter.»

Le psychologue croit que mettre de côté la réalité de la mort fait perdre l'occasion d'approfondir notre lien avec la vie. «Si l'on voit le côté plus constructif de la mort, dit-il, cela enrichit notre existence. Cela permet d'approfondir, de réfléchir à nos valeurs et à ce que l'on veut faire de nos choix de vie.»

Jean-Louis Drolet rappelle que bien des gens, même à 70 ou 80 ans, disent être plus heureux, ou n'avoir jamais été aussi heureux. «C'est beaucoup une question d'attitude plus positive, proactive, d'ouverture, souligne-t-il, de compréhension de la vie.»

Et la foi qui apporte la sérénité au croyant face à la mort? «La plupart des intervenants du film ne vivent pas la foi au sens traditionnel du terme, comme une source d'apaisement, répond le psychologue. La plupart ne sont pas religieux, mais ont une réflexion spirituelle qui est beaucoup plus en lien avec la vie dans son mystère. Personne ne comprend vraiment la mort, personne ne peut dire ce qu'il y a après. Les croyances ont un rôle à jouer. Elles nous guident sur notre route.»

Le renoncement caractérise le processus de vieillissement. Selon Jean-Louis Drolet, il faut laisser aller, prendre une distance pour se tourner vers autre chose. «Nos capacités diminuent, indique-t-il, on vit moins dans le faire et dans la performance. On peut développer davantage notre être, moins en quantité, plus en qualité. On peut développer davantage sa vie intérieure en étant plus dans l'instant présent.»

Tout au long du film, les intervenants parlent de deuil, de perte, de douleur. Beaucoup parlent de l'amour comme un élément qui donne du sens à la vie. «La vie est faite de paradoxes, explique-t-il. La perte nous aide à nous préparer pour notre propre fin. Pour cela, il faut accepter de dire au revoir à ceux que l'on a connus. Ces moments font partie de notre développement, malgré tout.»

Jean-Louis Drolet insiste sur l'importance d'être un modèle lorsqu'on approche de la mort. «Jusqu'au dernier souffle, affirme-t-il, il faut conserver une attitude ‟espérante” en fournissant un modèle qui va aider les autres à mieux vivre le passage vers l'au-delà lorsque leur tour viendra.»

En entrevue, Fernand Dansereau déclare être «très à l'aise avec [sa] finitude». «Je pense qu'il a beaucoup réfléchi à la mort pour se positionner comme ça, soutient-il, ou bien il a eu des modèles qui lui ont insufflé cette manière d'appréhender la mort, de se positionner sereinement devant elle.»




Bande-annonce du film Le vieil âge et l'espérance

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