Société

Crise financière: les médias sont-ils trop alarmistes?

Par : Yvon Larose
«Dans la couverture que font les médias québécois de la crise économique actuelle, rien ne laisse suggérer qu’une espèce de fièvre se soit emparée d’eux, affirme Patrick González, professeur au Département d’économique. En ce sens, je ne peux qualifier leur traitement d’alarmiste.» Le mardi 24 février au Cégep François-Xavier-Garneau, à Québec, le professeur González a participé à une conférence-débat organisée par la section Québec de la Fédération professionnelle des journalistes du Québec. La rencontre avait pour thème: «Crise financière: les médias sont-ils trop alarmistes?».

Patrick González a comparé l’intérêt d’un média comme La Presse pour la crise actuelle avec l’intérêt manifesté par le même journal lors des récessions de 2001 et de 1990. «La récession de 2001 a été difficile, mais pas autant que celle de 1990 qui fut assez sévère, explique-t-il. La couverture actuelle de La Presse est plus intense qu’en 2001 mais moins intense qu’en 1990. En tout, 631 articles ont paru sur le sujet entre août et décembre 2008. Entre décembre 1990 et avril 1991, le chiffre s’élevait à 1 024.»

Selon le professeur, la référence à la crise économique de 1929 et la confusion entre la situation canadienne et la situation américaine alimentent à tort l’inquiétude dans la population. «La crise de 1929 avait fait baisser la production d’un tiers aux États-Unis et le chômage touchait plus du quart de la population active, rappelle Patrick González. Or, le taux de chômage se situe actuellement autour de 8 % dans ce pays. Quant aux maux qui affligent actuellement l’économie américaine, ils ne caractérisent pas l’économie canadienne. Les États-Unis ont un système financier en lambeaux, un marché immobilier dégonflé et une balance commerciale atrocement déficitaire, ce qui n’est pas du tout le cas ici.»

Patrick González soutient que la nouvelle réalité médiatique contribue à répandre l’inquiétude. «Le citoyen d’aujourd’hui est exposé à une cascade d’information alimentée, entre autres, par Internet et les chaînes d’information continue, explique-t-il. Ces moyens de communication modernes accentuent le phénomène où les médias commentent l’information qu’ils repiquent ailleurs, contribuant ainsi à former une immense caisse de résonance qui biaise la perception du public quant à l’importance des événements.»

Une récession particulièrement longue
Le professeur González croit qu’il est normal d’être inquiet sur au moins deux points. D’une part, la récession américaine dure depuis quatorze mois, soit deux mois de moins que celle de 1981-1982 qu’il qualifie de «terrible». D’autre part, parce que l’économie canadienne est fortement liée à l’économie américaine, la récession, au sud de la frontière, ne peut avoir que des effets majeurs au Canada, en particulier sur l’industrie automobile et l’industrie pétrolière.

Selon lui, les journalistes québécois confondent souvent les nouvelles économiques avec celles relatives aux marchés financiers. «J’ai l’impression, indique-t-il, que les journalistes québécois sont bons dans l’information sur les marchés boursiers et dans l’analyse des rapports annuels des sociétés, mais qu’ils sont mal préparés ou peu habitués à expliquer les problématiques économiques de fond.»
Les nouveaux produits financiers sont l’une des causes de la crise financière qui a entraîné la récession actuelle. «Il y a eu, depuis plusieurs années, une volonté très claire à laisser les entreprises financières innover en développant de nouveaux produits financiers, rappelle Patrick González. À bien des égards, ces innovations ont contribué à la croissance de l’économie. Là où le bât blesse, c’est qu’on a sous-estimé combien ces innovations pouvaient mettre en péril la stabilité même du système financier.»

Selon le professeur, il est un peu trop tôt pour savoir quelles mesures correctives seront mises en place. «Personne, dit-il, n’a vraiment envie de revenir à une finance excessivement prudentielle, conservatrice et très régulée, comme dans les années cinquante. Par ailleurs, on peut douter de la capacité des régulateurs de garantir la stabilité du système en en prévenant les excès.»

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