Société

Crise d'extinction

La disparition des animaux et des plantes s’accélère à l’échelle mondiale, nous rappelle Jacques Weber, directeur de l’Institut français de la biodiversité

Par : Yvon Larose
La biodiversité, ce système vivant planétaire fait d’interactions entre des organismes vivant dans des milieux en évolution, vit des bouleversements sans précédent. Des espèces végétales et animales disparaissent régulièrement de la surface de la Terre, ce qui fait dire aux spécialistes que nous traversons actuellement une grande crise d’extinction avec, comme caractéristique première, une vitesse plusieurs centaines de fois plus grande que celle des extinctions du passé lointain. Par ailleurs, un autre phénomène risque d’amplifier cette crise: le réchauffement du climat. Ce n’est pas la première fois que se produisent des changements climatiques dans l’histoire de notre planète. Sauf que cette fois le phénomène se démarque par son amplitude et sa rapidité. Dans le contexte, les spécialistes commencent à parler de l’humain comme d’une espèce menacée. Sa pérennité comme espèce passe obligatoirement par la protection et la valorisation de la biodiversité.

Voilà l’essentiel du message que livrera, ce soir, Jacques Weber, directeur de l’Institut français de la biodiversité, au Musée de la civilisation de Québec, dans le cadre des conférences et tables rondes de l’Institut Hydro-Québec en environnement, développement et société de l’Université Laval. «Les phénomènes auxquels nous assistons inquiètent tout le monde parce qu’ils sont en accélération, indique le chercheur invité à l’Institut Hydro-Québec. Les dinosaures ont disparu en plusieurs dizaines de milliers d’années. Pas du jour au lendemain. Nous, nos espèces disparaissent à un rythme bien plus élevé et à une vitesse bien plus rapide.»

Jacques Weber voit l’humain comme une espèce animale faisant partie intégrante du monde vivant. Et cet humain a besoin du monde vivant pour sa survie, que ce soit pour son alimentation, ses vêtements, ses médicaments ou son énergie fournie notamment par les matières fossiles que sont le charbon, le gaz naturel et le pétrole. «Quoi que vous mangiez ce soir, explique Jacques Weber, vous ne mangerez que des produits issus du monde vivant. Ce bon repas, vous le digérerez avec l’aide de quatre kilos de bactéries dans vos intestins. Sans fermentation par les microbes, plus de fromage, plus de bière, plus de pain. Les microbes sont infiniment plus mes amis que mes ennemis.» Selon le chercheur, les bases de l’alimentation humaine se fragilisent. «Dix-huit plantes représentent 80 % de l’alimentation mondiale et leur diversité génétique diminue, souligne Jacques Weber. Cela entraîne une fragilité et un risque très important en cas d’épidémie ou de changement climatique.»

Selon l’Union mondiale pour la nature, un effort concerté à tous les niveaux de la société s’avère nécessaire pour réduire le rythme de l’érosion de la biodiversité. Comme élément de solution, Jacques Weber propose le concept de taxation écologique introduit en 1988 en Suède. «Pour qu’une taxe écologique puisse être mise en œuvre, explique-t-il, il faut qu’une taxe existante et du même montant disparaisse. Ce n’est pas taxer plus, mais différemment. Celui qui pollue le plus subventionne celui qui produit le mieux. On génère des comportements corrects au point de vue environnemental qui restent éminemment rentables. À ce jour, les Suédois ont fait basculer, en taxations écologiques, de 6 à 8 % de leur produit intérieur brut.»

La Liste rouge 2007 de l’Union mondiale pour la nature contient 16 306 espèces sauvages menacées d’extinction dans le monde. La plupart des espèces animales menacées se trouvent dans les régions tropicales continentales. Le principal responsable de la majeure partie de la disparition des espèces est l’humain. Ses activités nuisibles à l’environnement comprennent, entre autres, la destruction et la dégradation des habitats. Ces comportements sont amenés par la croissance économique et la reconversion des milieux naturels.

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