Société

Changer les choses

Jonathan Durand Folco croit que la démocratie municipale peut servir de levier de transformation sociale

Par : Yvon Larose
Le budget participatif et la monnaie locale complémentaire sont deux formes prometteuses de transformation démocratique de la vie économique, sociale et politique. À Paris, New York et bientôt Montréal, les citoyens gèrent une partie du budget municipal. D’autres formes de relocalisation de l’économie sont l’agriculture urbaine et les circuits de proximité.
Le budget participatif et la monnaie locale complémentaire sont deux formes prometteuses de transformation démocratique de la vie économique, sociale et politique. À Paris, New York et bientôt Montréal, les citoyens gèrent une partie du budget municipal. D’autres formes de relocalisation de l’économie sont l’agriculture urbaine et les circuits de proximité.
La municipalité comme espace politique et vecteur de transformation sociale? L’idée peut surprendre a priori, ce qui n’a pas empêché bien des citoyens de croire en ses possibilités, depuis l’Antiquité jusqu’à aujourd’hui.

Le 25 février au pavillon Maurice-Pollack, le professeur Jonathan Durand Folco, de l’École d’innovations sociales Élisabeth-Bruyère de l’Université Saint-Paul d’Ottawa, a prononcé une conférence sur le thème «Municipalisme et autogouvernement de proximité». L’activité était organisée par la Chaire de leadership en enseignement Alban D’Amours en sociologie de la coopération. En 2017, le professeur Durand Folco a publié un livre sur le municipalisme aux éditions Écosociété.

Selon lui, dans un monde vivant une crise des institutions, le municipalisme et l’autogouvernement de proximité peuvent susciter beaucoup d’intérêt. «La question urbaine occupe une place centrale aujourd’hui, notamment parce que la vaste majorité de la population habite dans les villes, explique-t-il. De plus, ce sont les collectivités territoriales qui sont directement touchées par une série d’enjeux, comme le développement économique, la transition écologique, la crise démocratique et autres. Les villes, plus que les États, redeviennent ainsi au cœur de l’attention médiatique et sont un espace d’expérimentations, d’innovations et de profondes inégalités sociales à la fois. Enfin, à l’heure où les gouvernements nationaux sont souvent dominés par les forces conservatrices, l’échelle municipale redevient un espace où les groupes citoyens et mouvements sociaux peuvent s’investir pour essayer de changer les choses.»

Le municipalisme comme projet politique a été formulé de façon réfléchie pour la première fois à la fin du 20e siècle par Murray Bookchin, un philosophe écologiste et anarchiste américain. Mais les principes défendus par le municipalisme, comme la démocratie participative locale, l’autonomie municipale, la décentralisation des pouvoirs et la justice sociale dans les collectivités territoriales, se sont manifestés à différentes époques de l’histoire. Depuis quelques années, il prend la forme d’un mouvement politique plus large. «Les mairies rebelles d’Espagne, la révolution kurde au Rojava et d’autres expériences à travers différentes villes du monde témoignent d’une recrudescence de la politique municipale comme levier de transformation sociale», affirme Jonathan Durand Folco.

Le municipalisme est un mouvement à la fois nouveau et ancien. Il s’enracine dans une longue tradition de luttes et d’expérimentation démocratique à l’échelle locale. Parmi les cas exemplaires en la matière, il y a Athènes, la capitale grecque. Dans l’Antiquité, un régime politique dans lequel les décisions sont prises par le peuple s’est progressivement mis en place à cet endroit. «Cette expérience était réservée aux hommes libres, explique-t-il. Ils participaient à de grandes assemblées. C’était une forme de démocratie participative et active.»

La Commune de Paris représente, selon lui, un exemple très fort d’autogestion. Cette période insurrectionnelle a duré un peu plus de deux mois en 1871. La Commune suivait la fin de la guerre franco-prussienne et la formation d’un gouvernement issu de l’Assemblée nationale. Ce mouvement révolutionnaire a établi un gouvernement prolétarien. «Ils ont créé une forme d’autogouvernement, souligne le professeur Durand Folco. Les élus étaient révocables et redevables. Une série de réformes a été amenée. Sur le thème de la république universelle, on a notamment élargi les droits des femmes et réduit le temps de travail. Mais la Commune fut écrasée. Elle a été une expérience brutale d’expérimentation démocratique.»

Autre cas exemplaire: la «Vienne rouge». De 1918 à 1934, la capitale autrichienne a été dirigée par une coalition de sociodémocrates et de chrétiens sociaux. «À Vienne, dit-il, le gouvernement municipal a notamment gelé les prix des loyers aux prix de 1914. La Ville fournissait des vêtements à chaque nouveau-né.»

Comment lutter pour le droit au logement, la transition écologique et les mouvements sociaux? Comment articuler cela dans un mouvement qui se tient? «Quelque chose est vraiment en train de prendre forme, répond Jonathan Durand Folco. C’est un nouvel espoir pour ceux qui veulent changer les choses.»

Le budget participatif et la monnaie locale complémentaire: ce sont là deux formes prometteuses de transformation démocratique de la vie économique, sociale et politique. «À Paris, New York et bientôt Montréal, les citoyens gèrent une partie du budget municipal, indique-t-il. D’autres formes de relocalisation de l’économie sont l’agriculture urbaine, les circuits de proximité et la monnaie locale complémentaire. Cette monnaie encourage l’économie sociale et solidaire. Elle permet de recréer du tissu social et de créer des liens. En Angleterre, le maire d’une ville est payé uniquement par monnaie locale et doit dépenser son salaire dans sa ville.»

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