Société

Briser les préjugés

Du 13 au 18 mars, cinq étudiants ont vécu l'expérience de l'itinérance pour amasser des fonds et sensibiliser la communauté universitaire à cette cause

Par : Matthieu Dessureault
Leur campement, formé d'une grande bâche blanche et de morceaux de carton rapiécés, passait difficilement inaperçu. Pendant 120 heures, Maude Soares, Audrey Ann Lavoie, Guillaume Larose, Élisabeth Sirois et Jeanne Lauzon-Rhéaume ont élu domicile devant le pavillon Charles-De Koninck. Se privant du confort d'un foyer et de revenus pour se nourrir, ils ont fait appel à la générosité des passants. L'objectif était de sensibiliser les gens sur le campus à la réalité des itinérants et de récolter des fonds pour la Maison Dauphine, un organisme qui vient en aide aux jeunes de la rue. En tout, ils ont amassé 6 033,35$.

Mouvement qui ne cesse de prendre de l'ampleur au pays, le défi 5 jours pour l'itinérance avait lieu pour une troisième année à l'Université Laval. «Il s'agit d'une belle façon de dénoncer la problématique de l'itinérance et les préjugés qui y sont souvent associés. Contrairement à ce que certains croient, vivre dans la rue n'est pas un choix, mais la «moins pire» des options pour plusieurs personnes aux prises avec des difficultés», a rappelé Maude Soares, étudiante en service social.

Cette journée-là, le mercure affichait un timide 2 °C et une pluie fine tombait. De l'eau s'était infiltrée dans la tente, et les étudiants avaient passé une partie de la matinée à tenter de limiter les dégâts. Visiblement, ce petit contretemps n'avait pas eu raison de leur motivation. Au journaliste qui leur proposait de réaliser l'entrevue à l'intérieur d'un pavillon, au chaud, ils ont décliné poliment, préférant vivre à fond l'aventure. «Comme les sans-abris, nous ne contrôlons pas la température. Devoir surmonter une journée de pluie comme celle-ci nous rapproche encore plus de leur réalité. La grande différence, c'est que les itinérants font souvent face à de l'isolement ou de l'exclusion. Nous, on vit cette épreuve ensemble, ce qui aide à garder le moral», a dit Jeanne Lauzon-Rhéaume, étudiante en psychoéducation.

Doctorante en médecine, Audrey Ann Lavoie profitait d'un bref répit pour étudier en vue de son examen du vendredi. Pas facile lorsqu'on n'a pas accès à une connexion Internet! Comme elle, les participants devaient se plier à une série de règles, soit avoir comme seule possession un sac de couchage et un oreiller, ne pas quitter le campus, ne consommer que des aliments donnés par les passants et utiliser les douches et les toilettes des pavillons uniquement pendant les heures d'ouverture. Tout au long de la semaine, plusieurs membres de la communauté universitaire ont fait preuve d'une grande générosité, leur offrant des fruits, des sandwichs, du café et même des repas chauds. «C'est sûr que les dons sont très appréciés, mais ce qui fait réellement plaisir, c'est quand les gens s'arrêtent pendant quelques minutes pour nous parler. C'est pour cela que nous sommes ici», a indiqué l'étudiante.

Maude Soares était du même avis. «L'argent que nous récoltons pour la cause est important, c'est sûr, mais le savoir-être l'est tout autant. Si, au bout de la semaine, nous avons convaincu, ne serait-ce qu'une personne, de dire bonjour ou de faire un sourire à un sans-abri, notre objectif aura été atteint.»

Suivez la page Facebook de 5 jours pour l'itinérance. Il est possible de faire des dons jusqu'à la fin du mois de mars.

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