Société

3 questions à Brigitte Caulier

Sur l’éducation en français en Ontario

Par : Pascale Guéricolas
La communauté francophone de l’Ontario se mobilise et prévoit une série de manifestations le 1er décembre pour dénoncer notamment la remise en question d’une université en français. Elle devait ouvrir dans deux ans à Toronto. Pour Brigitte Caulier, présidente de l’Institut d’histoire de l’Amérique française et professeure au Département des sciences historiques, l’épisode s’inscrit dans plusieurs décennies de lutte des Franco-Ontariens pour le droit à l’éducation dans leur langue.

Comment les Franco-Ontariens ont-ils commencé à revendiquer leur place dans le système d’éducation?

Dès 1912, le règlement 17 a interdit l’enseignement du français dans les écoles ontariennes. À l’époque, le gouvernement fédéral a refusé de se prononcer, car il affirmait que la constitution reconnaissait aux communautés le droit de pratiquer leur religion, mais pas celui de protéger leur langue. Cette décision a provoqué une très importante levée des boucliers au Québec et dans l’Ouest canadien. De son côté, l’Association canadienne-française de l’Ontario a joué un rôle essentiel dans cette bataille. Elle a affronté les orangistes, le courant nationaliste et francophobe des anglophones protestants. Les catholiques irlandais se sont opposés aussi aux francophones, particulièrement l’évêque Fallon de London en Ontario. Les Franco-Ontariens se sont donc retrouvés confrontés à la fois aux protestants, à une partie des catholiques et aux anglophones, majoritaires dans la province. Progressivement, cependant, le français a pris sa place dans les programmes, jusqu’à l’abolition du règlement 17 en 1927. Cependant, l’anglais demeurait la langue principale d’enseignement dans le système scolaire ontarien. Pour avoir accès à une éducation en français au secondaire, il fallait fréquenter les écoles privées catholiques. La légalisation de l’enseignement en français au primaire et au secondaire n’arrive qu’en 1968. Et les francophones n’obtiennent la pleine gestion de leurs écoles qu’en 1997.

Les Franco-Ontariens disposent donc de leurs propres écoles dès les années soixante?

Pas forcément, car ce système dépendait de la bonne volonté des conseils scolaires, qui décidaient d’ouvrir ou non des écoles entièrement francophones. Certains choisissaient plutôt d’offrir une classe en français, ou plusieurs, au sein d’une école bilingue. Or, il faut absolument que les communautés francophones disposent d’écoles bien à elles pour donner au plus grand nombre l’occasion de parler français. Cela permet de stimuler la vie culturelle et le sentiment d’appartenance. Pour obtenir gain de cause, des Franco-Ontariens majoritaires dans leur localité ont dû batailler contre leur conseil scolaire. En 1971, à Sturgeon Fall, parents et enfants ont occupé l’école et obtenu finalement la Franco-Cité, une école secondaire francophone. Autre épisode marquant de la lutte franco-ontarienne, celle de Penetanguishene, habitée à 80% par des francophones. La communauté francophone a ouvert une école parallèle en 1979, l’École de la résistance, faute de disposer d’un programme complet en français. Il a fallu trois ans pour que la justice leur donne raison et qu’une école secondaire francophone soit construite. L’adoption de la Charte canadienne des droits et libertés, en 1982, a aidé la cause des Franco-Ontariens. En effet, un article évoque le droit à l’éducation dans leur langue pour les minorités. Cependant, la communauté francophone doit toujours faire appel à la justice pour faire des gains.

Pourquoi la communauté francophone exige-t-elle l’ouverture d’une université en français alors qu’elle a accès à des établissements bilingues?

Il existe peu de services accessibles aux francophones dans la région de Toronto alors que cette communauté grandit. On sait qu’il est beaucoup plus difficile de garder sa langue vivante lorsqu’on se retrouve dans une université anglophone. Sans compter que de plus en plus d’immigrants de pays africains et de Français s’établissent dans la métropole. Avec son orientation transdisciplinaire, ce genre d’université peut aussi intéresser les anglophones qui veulent se perfectionner et se cultiver en français. On y propose des programmes qui se différencient des autres établissements d’enseignement supérieur. Parmi les formations offertes, les étudiants auront accès à des baccalauréats en environnement urbain, en économie mondialisée et en culture numérique. L’Université francophone de l’Ontario pourrait devenir un nouveau foyer culturel de la communauté francophone.

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