Recherche

Voir au-delà de la surface

L’inspection des avions gagnerait en efficacité si elle faisait davantage appel à la thermographie infrarouge

Par : Jean Hamann
Le délaminage d'une composante d'avion est visible par thermographie infrarouge (voir flèche, à gauche), mais pas par ultrasonographie.
Le délaminage d'une composante d'avion est visible par thermographie infrarouge (voir flèche, à gauche), mais pas par ultrasonographie.
Au sommet de la courte liste des choses qui surpassent leur durabilité prévue planent les avions. En effet, de vieux Boeing, Airbus et DC-8, qui approchent résolument la quarantaine, sillonnent encore le ciel aux quatre coins du globe. Comme la moindre faiblesse qui se manifeste dans ces appareils peut avoir de graves répercussions, leur inspection est cruciale. Une équipe internationale de chercheurs vient de démontrer qu’une technique d’évaluation non destructive des matériaux — la thermographie infrarouge — pourrait s’avérer plus efficace que les méthodes courantes pour détecter certains types de problèmes lors de l’inspection des avions. Clemente Ibarra-Castanedo et Xavier Maldague, du Département de génie électrique et de génie informatique, Jason Habermehl, de la firme Olympus NDT de Québec, et leurs collègues belges Pierre Servais et Nathalie Gerlach en font la démonstration dans le numéro de septembre de la revue scientifique Materials Evaluation.
   
Présentement, les inspecteurs examinent les avions en les sondant à l’aide de leurs mains ou d’un marteau, à l’affût du moindre son suspect. Ils ont aussi recours à l’ultrasonographie, une méthode similaire à l’échographie utilisée chez les femmes enceintes. «Comme cette méthode ne permet d’examiner qu’une superficie de quelques centimètres carrés à la fois, il serait trop long de l’utiliser pour faire l’inspection complète d’un appareil. On limite son usage aux parties de l’avion que l’on soupçonne de poser problème», explique le chercheur postdoctoral Clemente Ibarra-Castanedo. Pour sa part, la thermographie infrarouge consiste à exposer une composante d’avion à une source de chaleur pendant quelques secondes, puis à enregistrer le refroidissement de sa surface. S’il y a une discontinuité dans la structure de la pièce, des anomalies seront observées dans le patron de refroidissement.
   
Afin de comparer l’efficacité de la thermographie infrarouge et de l’ultrasonographie, les chercheurs ont volontairement altéré des pièces d’avion et les ont soumises aux deux techniques d’inspection dans leur laboratoire. Les résultats indiquent que la thermographie est plus efficace pour détecter le délaminage, un problème courant qui touche les composantes d’avion faites de plusieurs couches de différents matériaux. «Parce qu’elle permet d’analyser une plus grande superficie à la fois, la thermographie infrarouge permet aussi d’avoir une vision d’ensemble d’une composante d’avion», ajoute Clemente Ibarra-Castanedo.
   
Depuis quelques années, la thermographie infrarouge fait partie de l’arsenal à la disposition des spécialistes qui effectuent l’inspection des avions, mais elle est encore peu utilisée. «Les compagnies hésitent parce qu’elles connaissent mieux les autres méthodes et que les habitudes d’inspection ne sont pas faciles à changer, estime le chercheur postdoctoral. Il faudrait qu’une grosse entreprise adopte la thermographie infrarouge pour l’inspection de ses appareils pour faire débloquer les choses.»

Université Laval

2325, rue de l'Université
Québec (Québec) G1V 0A6

Téléphone: 418 656-2131 1 877 785-2825

Demande d’information

Suivez nous!