Recherche

Visiteurs ou partenaires des soins?

Une étude remet en question les croyances sur lesquelles reposent les restrictions aux heures de visite dans les hôpitaux

Par : Jean Hamann
Un assouplissement des heures de visite dans les hôpitaux se traduit par une plus grande satisfaction des patients et des proches envers la qualité des soins. De plus, contrairement à une croyance répandue, une présence accrue des proches n'augmente pas l'incidence des maladies contractées par les patients durant leur séjour à l'hôpital. Voilà deux des constats d'une étude réalisée par une équipe du CHU de Québec – Université Laval qui apportent de l'eau au moulin de ceux qui plaident en faveur d'une plus grande ouverture à la présence des proches auprès des malades hospitalisés.

L'équipe dirigée par Lynda Bélanger, professeure associée à l'École de psychologie, a passé en revue 7 études et 4 guides de bonnes pratiques abordant la question des effets d'un assouplissement des heures de visite des patients hospitalisés. «Pendant longtemps, le personnel hospitalier a considéré les visiteurs comme des sources de dérangement, de bruit et de microbes qui nuisaient aux soins, rappelle la professeure Bélanger. On a justifié l'adoption d'heures de visite strictes par la nécessité de maintenir l'ordre, de prévenir les infections et de faciliter l'organisation du travail.» Les choses ont évolué depuis, mais la plupart des hôpitaux limitent toujours les heures de visite. «Récemment, le CHU de Québec – Université Laval s'est engagé à revoir sa politique sur la présence familiale auprès de malades et nous avons été mandatés pour vérifier si les restrictions des heures de visite avaient un fondement scientifique», explique-t-elle.

La synthèse publiée par son équipe dans un récent numéro du Journal of Hospital Administration suggère que, du point de vue des patients, la présence des proches comporte de nombreux effets positifs. «On savait qu'il y a des bienfaits psychologiques à être accompagné par un proche pendant une hospitalisation, mais il y a d'autres avantages, souligne la professeure Bélanger. La personne qui accompagne le malade peut l'aider à naviguer dans le système de santé et elle peut noter les informations que donne le personnel soignant pendant une période où l'attention du patient n'est pas toujours à son meilleur. Les études rapportent que la présence d'un proche assure une meilleure coordination des soins ainsi qu'une diminution des erreurs de médication, des chutes et des réadmissions à l'hôpital dans le mois suivant.»

Du côté du personnel, les avis sont partagés entre ceux qui voient d'un bon œil un assouplissement des heures de visite et ceux qui craignent qu'une présence accrue des visiteurs soit un obstacle aux soins et augmente leur charge de travail. «D'après les études que nous avons consultées, le personnel infirmier a plus de réserves que les médecins par rapport à des heures de visite plus flexibles, précise la professeure Bélanger. Avant de modifier les heures de visite, il est très important de chercher à comprendre d'où viennent ces réticences et d'étudier ensemble comment elles peuvent être surmontées.»

Ce questionnement sur les heures de visite s'inscrit dans un mouvement qui souhaite donner plus de place aux patients et à leurs proches dans les soins de santé. Au Canada, le programme «Meilleurs ensemble: main dans la main avec les familles» de la Fondation canadienne pour l'amélioration des soins en santé encourage les établissements à voir les proches comme des partenaires des soins et non comme des visiteurs. Dans la foulée de ce programme, plusieurs dizaines d'hôpitaux examinent ou ont adopté des politiques qui favorisent une plus grande présence des proches ou même un accompagnement continu par des personnes désignées par le patient.

Le CHU de Québec – Université Laval, qui a placé l'expérience patient au cœur de son plan stratégique 2014-2020, a entrepris sa propre réflexion sur la question. «On veut accroître la participation du patient et de ses proches dans la prise de décision et dans les soins, ce qui suppose une plus grande ouverture à la présence des proches, signale Lynda Bélanger. Un projet pilote sur des heures de visite plus souples est en cours dans quatre unités et les résultats serviront à guider nos décisions.»

L'étude parue dans le Journal of Hospital Administration est signée par Lynda Bélanger, Sylvain Bussières, François Rainville, Martin Coulombe et Marie Desmartis.

Université Laval

2325, rue de l'Université
Québec (Québec) G1V 0A6

Téléphone: 418 656-2131 1 877 785-2825

Demande d’information

Suivez nous!