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Virtuellement réadaptés

Les technologies de l’information peuvent faire tomber les barrières qui se dressent devant les personnes qui ont une déficience physique. Leur sont-elles cependant accessibles?

Par : Jean Hamann
Les nouvelles technologies de l'information pourraient grandement améliorer la qualité de vie de personnes qui ont un handicap physique, mais leur plein potentiel ne pourra s'exprimer que si l'on règle un problème de «branchement». En effet, alors que certains outils peu performants sont facilement accessibles aux personnes déficientes, d'autres moyens très efficaces demeurent hors de portée pour la majorité, parce que leur coût n'est pas couvert par les programmes sociaux. «C'est le cas notamment de la vidéoconférence par Internet qui faciliterait pourtant la vie des personnes sourdes», fait valoir Claude Vincent, professeure au Département de réadaptation, qui participait cette semaine au congrès Rehabilitation International, un événement qui a réuni à Québec quelque 1 500 spécialistes des cinq continents.
  
La professeure Vincent a profité de cette rencontre, dont le thème était justement «Droits et participation sociale des personnes ayant des incapacités: assurer une société pour tous», pour présenter les résultats d'une étude portant sur cinq outils facilitant les télécommunications des personnes sourdes. Présentement, la plupart d’entre elles utilisent le téléscripteur pour communiquer à distance. Cet appareil à clavier permet la transmission de textes par ligne téléphonique à des interprètes qui relaient les messages à leurs destinataires de vive voix. La professeure et ses collègues François Bergeron, Mathieu Hotton, Isabelle Deaudelin, Sylvie Tremblay et Martin Bergevin, du Centre interdisciplinaire de recherche en réadaptation et intégration sociale (CIRRIS) et de l'Institut de réadaptation en déficience physique du Québec (IRDPQ), ont comparé l’efficacité du téléscripteur, de quatre logiciels de vidéoconférence et de la communication en tête-à-tête chez les personnes communiquant en langue des signes québécoise (LSQ). Les 30 participants devaient effectuer une série de tests à l’aide de ces différents outils, par exemple acheter des billets pour un match de hockey ou commander une pizza. Résultats: la télécommunication par vidéoconférence, même à l'aide de logiciels commerciaux non spécialisés, est aussi efficace que la communication en personne et elle permet de transmettre deux fois plus d'idées par unité de temps que le téléscripteur. «Les échanges sont plus fluides, plus naturels, souligne l'audiologiste Mathieu Hotton. Les participants peuvent même faire de l'humour, ce qu'on voit rarement avec le téléscripteur.»
   
Pareille technologie améliorerait grandement les communications des personnes sourdes. Le hic est qu’elle exige un ordinateur, un lien haute vitesse à la maison et un service d’interprètes pour communiquer avec ceux qui ne parlent pas la LSQ, tout ça à leurs frais alors que la plupart de ces personnes sont peu fortunées. «La technologie existe et elle est efficace, mais elle n’est pas accessible à tous ceux qui en auraient besoin», déplore Claude Vincent.
   
À l’opposé, certaines technologies, pas tout à fait au point, sont remboursées par le gouvernement. C’est le cas d’une interface de contrôle d’un ordinateur à l’aide du cerveau. La professeure et ses collègues de l’IRDPQ, Érik Langlois, Janick Bisson, Manon Voyer et Jean-François Cantin, ont testé cette technologie chez un patient dans la vingtaine, dont le contrôle des mouvements a été fortement diminué à la suite d’un grave traumatisme crânien. Selon le fabricant de l’interface, il est possible, après un entraînement adéquat, de maîtriser les fonctions de base de la souris et du clavier par modulation des ondes mentales ou par contraction des muscles du visage. Malheureusement, même après 16 semaines d’entraînement, les résultats étaient peu probants pour le patient. «Par contre, le fait de participer à un projet de recherche a eu un effet très positif dans sa vie, souligne l’ergothérapeute Érik Langlois. Il a amélioré sa mémoire, son sens de l’initiative et son autoperception. Il s’est aussi ouvert à l’idée d’utiliser des aides techniques comme une souris, un clavier et un écran adaptés, ce qu’il refusait précédemment.»
   
«Les nouvelles technologies de l’information ouvrent de grandes possibilités aux personnes qui ont une déficience physique, résume Claude Vincent. Ces outils améliorent leur autonomie au point où elles peuvent même occuper un emploi qui se prête au télétravail. Comme société, il faut s’assurer que ces technologies sont accessibles à ceux qui en ont besoin.»

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