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Vaches grasses, vaches maigres

La libéralisation du secteur laitier fera économiser plus de 1 milliard $ par an aux consommateurs, mais elle aura des répercussions majeures sur les producteurs canadiens

Par : Jean Hamann
Selon une étude réalisée par une équipe du Centre de recherche en économie agroalimentaire (CRÉA), la libéralisation des échanges commerciaux dans le secteur laitier se soldera par un bénéfice net qui pourrait atteindre 1 milliard de dollars par année au pays. Ce sont les consommateurs canadiens qui profiteront des nouvelles règles du jeu, alors que les producteurs et les transformateurs laitiers en feront les frais. «Il faut envisager dès maintenant des mesures pour faciliter la transition plutôt que de s’opposer à l’ouverture des marchés qui s’annonce incontournable», estime l’auteur principal de l’étude, Abdessalem Abbassi. Une partie de la thèse qu’il a consacrée à cette question paraît dans un article d’un récent numéro du Canadian Journal of Agricultural Economics, cosigné par ses collègues Olivier Bonroy et Jean-Philippe Gervais du CRÉA.
   
Le Canada négocie présentement avec les autres pays membres de l’Organisation mondiale du commerce les termes d’un nouvel accord qui touchera, entre autres, les produits laitiers. Les chercheurs du CRÉA ont utilisé un modèle économique pour simuler les répercussions des deux scénarios d’ouverture des frontières qui sont envisagés. Le premier repose sur une coupe modérée de 25 % sur les droits appliqués aux produits laitiers étrangers, et le second, sur une coupe plus agressive de 50 %. Actuellement, pour protéger ses producteurs et ses transformateurs de lait, le Canada impose des barrières tarifaires variant de 200 % à 300 % sur les produits laitiers étrangers.
   
Les analyses des chercheurs indiquent que, selon les scénarios considérés, le gain pour les consommateurs pourrait atteindre 380 M$ par année, en supposant une concurrence parfaite entre les transformateurs laitiers. «Par contre, dans une situation plus près de la réalité, qui tient compte de la concentration dans le secteur de la transformation du lait et des négociations en cours qui prévoient un plus grand accès au marché, le gain des consommateurs pourrait dépasser 1,1 milliard de dollars par an», précise Abdessalem Abbassi.
   
On comprend facilement pourquoi les producteurs et les transformateurs de lait canadiens, qui évoluent dans un système de gestion de l’offre faisant intervenir une planification de la production intérieure, des prix réglementés à la production et un contrôle des importations de produits laitiers, se montrent fermés à l’ouverture des frontières. «Le système en vigueur n’a pas favorisé l’efficacité et l’innovation, de sorte que nos produits ne sont pas concurrentiels avec ceux des autres pays», souligne l’économiste. L’arrivée de produits étrangers meilleur marché sur les rayons des épiceries va réduire la demande pour les produits laitiers transformés ici et, conséquemment, pour le lait produit au pays. La valeur des quotas de chaque ferme laitière va s’en trouver réduite.
   
Abdessalem Abbassi estime que le secteur laitier canadien ferait mieux de revendiquer des mesures pour atténuer le choc qui s’annonce plutôt que de s’opposer à l’ouverture des marchés. «Le gouvernement devra peut-être dédommager les producteurs pour les pertes financières qu’ils essuieront avec la diminution ou la disparition des quotas, ou encore donner un coup de pouce à l’industrie laitière pour favoriser l’innovation et l’efficacité», suggère-t-il.     L’ouverture des marchés ne signe pas forcément l’arrêt de mort de l’industrie laitière canadienne, précise-t-il toutefois. «Si les usines canadiennes réussissent à mettre en marché des produits laitiers à prix concurrentiels, elles vont pouvoir en exporter davantage, ce qui va créer une hausse de la demande pour le lait de nos producteurs. Si on veut en arriver là, il faut commencer dès maintenant à transformer le secteur laitier pour qu’il puisse faire face aux nouvelles réalités.»

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