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Une peur virale?

Quarante pour cent des parents québécois hésitent à faire vacciner leur enfant

Par : Jean Hamann
La proportion de parents qui respecte à la lettre la couverture vaccinale recommandée pour leur enfant est de 81% au Québec, alors que l'objectif est de 95 %. Pour combler l'écart, il faut mieux comprendre le phénomène d'hésitation à la vaccination.
La proportion de parents qui respecte à la lettre la couverture vaccinale recommandée pour leur enfant est de 81% au Québec, alors que l'objectif est de 95 %. Pour combler l'écart, il faut mieux comprendre le phénomène d'hésitation à la vaccination.
Le pourcentage de parents qui hésitent à faire vacciner leur enfant atteint 40% au Québec, révèle une étude menée par une équipe de la Faculté de médecine, du Centre de recherche du CHU de Québec-Université Laval et de l'Institut national de santé publique du Québec (INSPQ). Même si un peu plus de la moitié des parents hésitants font finalement vacciner leur enfant, il s'agit tout de même d'une situation préoccupante qu'il faut tenter de mieux comprendre et de corriger, estiment les auteurs de cette étude qui vient de paraître dans la revue Plos Currents Outbreaks.

«L'hésitation à la vaccination est une attitude qui consiste à entretenir des doutes par rapport aux vaccins ou encore à reporter ou à refuser, pour soi-même ou pour ses enfants, un ou plusieurs des vaccins offerts à la population, explique la responsable de l'étude, Ève Dubé, professeure associée à la Faculté de médecine et chercheuse au CHU de Québec-Université Laval et à l'INSPQ. Comme ce phénomène peut conduire à une réduction de la couverture vaccinale, il est important de mieux en comprendre les causes.»

Les chercheurs ont sondé, par entrevues téléphoniques, 589 Québécois ayant des enfants âgés de 2 mois à 17 ans. Les réponses révèlent que la grande majorité des parents croit aux vertus des vaccins pour protéger la santé de leur enfant et pour prévenir la propagation des maladies infectieuses dans la population. La proportion de parents qui respecte à la lettre la couverture vaccinale recommandée pour leur enfant atteint 81%. «C'est similaire aux taux observés dans les autres provinces canadiennes, souligne Ève Dubé. Toutefois, selon un classement de l'UNICEF, le Canada ne fait pas tellement bonne figure à ce chapitre parmi les pays développés. On peut faire mieux, surtout si l'on considère que l'objectif est d'arriver à une couverture vaccinale de 95% pour les maladies infectieuses infantiles.»

L'hésitation à la vaccination touche 40% des répondants, mais 58% d'entre eux finissent tout de même par faire vacciner leur enfant. «Il n'existe pas d'étude antérieure permettant de savoir si ce phénomène est en hausse, mais selon les professionnels de la santé, de plus en plus de parents ont des questionnements par rapport aux vaccins», signale la chercheuse. Les raisons les plus souvent évoquées par les parents pour expliquer leur hésitation sont la peur des effets secondaires du vaccin et la conviction que leur enfant court peu de risque considérant le caractère bénin des maladies pour lesquelles certains vaccins sont recommandés. «Le succès des campagnes de vaccination est tel que les gens ne connaissent plus les ravages causés par certaines maladies infantiles, constate Ève Dubé. Pour une partie de la population, la peur des vaccins est devenue plus grande que la peur des maladies.»

Les analyses des chercheurs montrent également que trois éléments sont associés à l'hésitation à la vaccination et à une couverture vaccinale incomplète de l'enfant. Il s'agit de la méfiance par rapport aux informations officielles sur les vaccins, du fait de ressentir de la pression pour faire vacciner son enfant et de l'idée qu'il n'est pas important de faire vacciner son enfant pour prévenir la propagation des maladies infectieuses.

Le défi consiste maintenant à convertir ces informations en messages pouvant réduire l'hésitation à la vaccination, estime Ève Dubé. «Il faut modifier les connaissances, les attitudes et les croyances des parents hésitants, tout en renforçant les comportements de la majorité des parents qui font déjà vacciner leur enfant. Si l'on n'y parvient pas, l'hésitation à la vaccination risque d'aller en augmentant. Il y a déjà une certaine confusion dans la population par rapport aux vaccins et les informations antivaccinalistes qui circulent sur Internet n'arrangent pas les choses. L'arrivée de nouveaux vaccins au cours des prochaines années risque d'amplifier le problème d'hésitation à la vaccination.»

Outre Ève Dubé, les signataires de l'étude sont Dominique Gagnon, de l'INSPQ, ainsi que Zhou Zhou et Geneviève Deceuninck, du CHU de Québec-Université Laval.

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