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Une étude inattendue

La professeure en sciences infirmières Geneviève Roch a vu son projet de recherche sur les impacts des services d’éducation prénatale prendre un tout autre tournant au lendemain de l’annonce de la crise sanitaire

Par : Claudine Magny

Août 2016. Deux semaines à peine avant que bébé Florence ne se pointe, la future maman qu’est alors Geneviève Roch reçoit le courriel qu’elle attendait depuis bien longtemps. C’est confirmé. Elle obtient le financement pour démarrer son projet de recherche sur l’optimisation et l’impact sur la santé des services d’éducation prénatale offerts au Québec.

Plus précisément, les travaux portent sur les impacts sur la santé que peuvent avoir, auprès des usagers, les services d’éducation prénatale (avant la naissance) offerts aux groupes ou en ligne par les établissements de santé. Ces services rassemblent les cours prénataux et tous les services d’information portant sur la périnatalité, et pouvant être offerts aux futurs et nouveaux parents. La recherche se penche également sur les collaborations entre les établissements de santé et les organismes partenaires, tels les groupes d’allaitement, les organismes communautaires Famille ou les centres de ressources périnatales (avant ou après la naissance), qui offrent des services de soutien et d’information.

Trois volets sont donc prévus:

  1. Déterminer les caractéristiques des services offerts aux futurs et nouveaux parents et contribuer à les améliorer
  2. Réaliser une étude de cohorte auprès de futurs parents recrutés entre 10 et 23 semaines de grossesse, puis effectuer des entrevues auprès des nouveaux parents utilisateurs
  3. Analyser les différentes collaborations

Un tournant

Mars 2020. Une pandémie mondiale, causée par la COVID-19, est annoncée. Alors que plusieurs travaux de recherche s'arrêtent carrément, l’équipe de recherche de Geneviève Roch se questionne… L’étude de cohorte, qui rassemble alors un total de 1208 futurs parents et qui tient compte de plusieurs indicateurs sur les services et sur la santé périnatale, est alors en cours. Alors, pourquoi ne pas continuer? Pourquoi ne pas comparer des données sur la santé recueillies chez les parents avant et après la COVID-19? Bref, pourquoi ne pas en faire une étude qui permettrait de mieux comprendre et d'expliquer les impacts de la COVID-19 et des mesures qui y sont associées sur la santé?

«C’est fou parce que, finalement, la COVID s’est inscrite dans notre étude initiale comme un levier expérimental naturel, explique la chercheuse. Lorsque la crise a été annoncée, le 13 mars 2020, tout notre recrutement ainsi que toutes nos entrevues à faire pour l’étude de cohorte, soit la phase 2 de l’étude, avaient été complétés. Nos hypothèses portaient déjà sur des variables de santé périnatale et de santé mentale, telles l’anxiété et la détresse psychologique, à savoir si la qualité, la présence ou l’absence de l’éducation périnatale pouvaient avoir un impact sur ces variables avant et après l’accouchement. Or, avec le contexte de la COVID qui s’est malheureusement ajouté, nous n’avions d’autre choix que d’évaluer en quoi ces variables allaient ou non être impliquées ou modifiées», précise-t-elle.

Bref, compte tenu du nouveau contexte, il s’agissait de voir quels seraient les impacts des services d’éducation périnatale auprès des nouveaux parents, mais en contexte de crise et de pandémie. L’étude prenait donc un tout autre tournant. Un tournant d’autant plus important pour le domaine de la santé publique. À titre d’exemple, le nouvel angle du projet de recherche de l’équipe de Geneviève Roch a vite suscité un intérêt auprès des partenaires politiques de l’étude initiale, dont l’équipe d’un certain Dr Horacio Arruda.

«Ce projet est notamment porté par des partenaires de la santé publique, des programmes jeunesse, des établissements de première ligne et le CHU de Québec, précise la chercheuse. Déjà, au 10 mars, nous avions des résultats préliminaires qui révélaient toute l’importance que peuvent avoir les services d’éducation prénatale en matière de transfert de connaissances. Des résultats qui ont d’ailleurs vraisemblablement servi au directeur national de la santé publique du Québec, le Dr Horacio Arruda, dans certaines de ses prises de décision. Par exemple, pour faire en sorte que les services d’éducation périnatale en ligne soient dorénavant introduits dans tous les établissements de santé de la province.»

Des résultats préliminaires encourageants

«Grâce à des analyses réalisées avec nos différents temps de mesure, les résultats préliminaires suggèrent que la première vague de la COVID-19 dans les régions à l’étude n’entraîne pas de différence significative quant aux indicateurs de santé mentale d’intérêt que sont l’anxiété, l’anxiété prénatale, la dépression et la détresse. Ce qui est donc une très belle nouvelle! On pourra mieux comprendre ces premiers constats en bénéficiant du financement requis pour la poursuite des analyses et pour le développement d’interventions visant à atténuer ou prévenir les conséquences de l’évolution de la COVID-19 sur la santé périnatale et le développement sain des enfants», affirme la chercheuse. L’étude ayant lieu dans les régions de Québec et de Chaudière-Appalaches auprès de parents d’un premier bébé, Geneviève Roch rappelle toutefois que des résultats pourraient différer, par exemple, dans d’autres régions de la province ou chez des parents ayant plusieurs enfants.

Les détails de ces premiers résultats seront révélés lors du Congrès provincial de la recherche mère-enfant, qui sera présenté en ligne les 29 et 30 octobre prochains.

Une campagne de financement

Mais qui dit grands travaux de recherche dit aussi importantes sources de financement. Voilà donc pourquoi le projet de l’équipe de recherche de Geneviève Roch a été retenu pour faire l’objet de la campagne de financement «Propulsons la recherche sur la COVID-19 et les maladies infectieuses», lancée en mars dernier par la Fondation des étoiles. Organisme à but non lucratif, cette fondation est vouée «exclusivement au financement de la recherche pédiatrique afin de protéger, promouvoir et améliorer la santé et le bien-être des enfants et des adolescents».

Pour participer à cette campagne, quatre équipes de la région de Québec, dont deux formées d’étudiants actuels et de diplômés, se sont engagées à relever le Défi physique Gendarme de fer, qui aura lieu le 17 octobre. Exceptionnellement cette année, le défi, qui devait se dérouler en simultané dans les villes de Montréal, Québec et Sherbrooke (chacune de ces villes étant associée à un centre de recherche provenant du même endroit), se transformera en défi virtuel. Tous les dons recueillis pour la région de Québec, associée au CHU de Québec – Université Laval, iront au projet de recherche mené par Geneviève Roch, ses cochercheurs et partenaires.

Pour plus d’information ou pour appuyer les équipes de Québec qui participeront: Défi virtuel Gendarme de fer

Geneviève Roch est docteure en sciences infirmières et également professeure titulaire à la Faculté des sciences infirmières de l’Université Laval.

Université Laval

2325, rue de l'Université
Québec (Québec) G1V 0A6

Téléphone: 418 656-2131 1 877 785-2825

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