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Une étude finit sur les tablettes

Grâce à une recherche-action menée à la Faculté de médecine, les Inuits trouveront bientôt moins d’aliments riches en gras trans sur les rayons de leurs épiceries

Par : Jean Hamann
La chercheuse Émilie Counil a effectué plusieurs séjours au Nunavik pour sensibiliser la population aux problèmes posés par les gras trans. On la voit ici lors d'une visite à Akulivik en compagnie de Markusi Anauta, premier adjoint au maire.
La chercheuse Émilie Counil a effectué plusieurs séjours au Nunavik pour sensibiliser la population aux problèmes posés par les gras trans. On la voit ici lors d'une visite à Akulivik en compagnie de Markusi Anauta, premier adjoint au maire.
Les démarches entreprises par une équipe de la Faculté de médecine pour  réduire la teneur en gras trans dans l’alimentation des Inuits du Nord québécois (Nunavik) semblent porter ses fruits. En effet, après avoir reçu l’accord de principe de l’Administration régionale Kativik en novembre dernier, le projet a reçu l’appui de la Régie régionale de la santé et des services sociaux (RRSSS) du Nunavik le 21 janvier. Les autorités locales travailleront maintenant de concert avec les dirigeants des épiceries qui desservent les villages du Nunavik pour remplacer progressivement les aliments riches en gras trans par des produits plus sains. «Je crois que d’ici six mois, des changements appréciables devraient survenir sur les tablettes des épiceries du Nunavik», avance la stagiaire postdoctorale Émilie Counil, qui a joué un rôle clé dans ce dossier.
  
Il aura fallu plus de cinq ans de planification, de recherche et de sensibilisation pour en arriver à ce dénouement. En 2004, le professeur Éric Dewailly a eu l’idée de comparer les taux sanguins de gras trans des Inuits du Nunavik et du Groenland. Cette île importe le gros de ses aliments commerciaux du Danemark où une loi, adoptée en 2003, limite à 2 % leur contenu en gras trans. L’étude qu’il a menée avec Émilie Counil, Pierre Julien et Peter Bjerregaard a finalement démontré que les Inuits du Nunavik affichent des taux de gras trans trois fois plus élevés que leurs cousins groenlandais. «Les produits riches en gras trans sont courants dans le nord parce que l’approvisionnement en denrées alimentaires pose des difficultés logistiques et que ces gras présentent l’avantage de prolonger la durée de conservation des aliments», précise Émilie Counil.

Bâtir des ponts
Les problèmes de santé causés par les gras trans étaient peu connus de la population et des épiciers du Nunavik. «Il fallait sensibiliser les gens à la question, mais pour que les choses évoluent rapidement, il fallait aussi modifier l’environnement obésitogène dans lequel ils vivaient.» Les gras trans favorisent l’obésité, le diabète et les maladies cardiovasculaires. Les statistiques indiquent qu’entre 1992 et 2004, la prévalence de l’obésité est passée de 19 % à 28 % au Nunavik.
   
Comme les gouvernements locaux n’ont pas le pouvoir de légiférer sur la composition des aliments, l’équipe de la Faculté de médecine a entrepris de créer un consensus régional en multipliant les rencontres d’information et de discussion pour faire connaître les résultats de l’étude. Par la suite, de concert avec la société Makivik — l’organisme qui veille à la santé, au bien-être social et économique et à l'éducation des Inuits —, les chercheurs ont réalisé une étude de faisabilité sur la substitution des aliments riches en gras trans par des produits équivalents qui en contiennent peu ou pas. Grâce à la collaboration des deux principaux distributeurs alimentaires qui desservent le Nunavik, Valérie Blouin, une étudiante-chercheuse en nutrition humaine, a dressé une liste des produits offerts dans cette région en fonction de leur contenu en gras trans et de produits équivalents de  meilleure qualité nutritionnelle. Pour assurer un changement durable dans l’offre alimentaire, il faudrait que la liste de commandes que chaque distributeur fait parvenir aux épiciers favorise les produits de substitution, suggère Émilie Counil.
   
«De notre côté, le travail est terminé, estime-t-elle, mais nous restons en appui technique à la RRSSS qui a la responsabilité du dossier.» La chercheuse est optimiste quant aux chances de réussite du projet. «J’ai parfois l’impression qu’il manque un maillon en santé publique dans le Nord. D’une part, les chercheurs se consacrent à la production de nouvelles connaissances et, de l’autre, les organismes locaux disposent d’à peine assez de ressources pour assurer le suivi des programmes existants. Dans le dossier des gras trans, je suis heureuse qu’ensemble nous ayons réussi à bâtir un pont.»

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