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Une décapitation partielle

Selon Donald Fyson, après la Conquête britannique de 1759 les élites canadiennes ont fait preuve de pragmatisme et d’adaptabilité pour préserver une bonne partie de leur pouvoir

Par : Yvon Larose
Longtemps les historiens ont avancé que la Conquête britannique de la Nouvelle-France avait entraîné la déchéance des élites canadiennes d’origine française. Ces élites ont-elles vraiment disparu pendant les premières décennies de la domination britannique? Ont-elles toutes été exclues du pouvoir? Mardi, 10 novembre, à la chapelle du Musée de l’Amérique française, le professeur Donald Fyson, du Département d’histoire, a fait le point sur le sujet, à la lumière des plus récentes recherches en la matière. «La Conquête a sans aucun doute fortement affecté les élites canadiennes, explique-t-il. Elles ont toutefois conservé un pouvoir social et économique considérable. Ces élites ont manifesté un attachement pragmatique au système seigneurial, à l’Église catholique et à la langue française comme moyens de défense contre l’assimilation. Elles ont également fait preuve d’adaptabilité aux institutions imposées par les Britanniques.»

Certains historiens ont parlé d’une «décapitation» de la société canadienne. Une conséquence, selon eux, du départ de la quasi totalité des élites vers la France. Or, la vaste majorité des médecins et notaires ont choisi de rester, ainsi que plus des trois quarts des marchands et plus des deux tiers des nobles. «Il s’agit, tout au plus, d’une décapitation partielle, affirme Donald Fyson. La grande majorité des élites a trouvé plus profitable de rester et de composer avec le nouveau régime, que de partir pour un avenir incertain en France.»

Sur le plan économique, les marchands ont connu une minorisation graduelle. Cela dit, environ le tiers des marchands actifs au Québec, à la fin du 18e siècle, étaient des Canadiens nés dans la colonie. En ce qui concerne la possession des terres, environ le tiers des seigneuries passent sous contrôle britannique. «Contrairement à ce qui est souvent avancé, soutient le professeur Fyson, il n’y eut aucune dépossession massive.»

Selon lui, l’exclusion totale des élites canadiennes du pouvoir politique, administratif ou judiciaire constitue un mythe. Donald Fyson rappelle que l’on acceptait des jurés canadiens dès 1764. Avant 1775, 90 % des notaires étaient des Canadiens. À compter de 1775, environ un membre sur trois du Conseil législatif était issu des élites canadiennes. Durant les années 1770 et 1780, les Canadiens occupaient la majeure partie des postes de juges de paix. Jusqu’à la fin du siècle, on retrouvait des Canadiens dans environ 25 % des hauts postes de l’administration coloniale.

«Les autorités s’aperçoivent rapidement que l’exclusion totale des catholiques du pouvoir, par l’application de la politique anticatholique anglaise à l’endroit d’une population de 70 000 habitants, est difficilement praticable et elles la contournent, explique le professeur Fyson. Les autorités étaient tout à fait disposées à laisser l’administration locale entre les mains des élites locales, pourvu qu’elles gardent leur emprise sur les décisions les plus importantes.»

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