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Une communauté distincte au Bas-Canada

Il y a deux siècles, les élites coloniales francophones et anglophones pratiquaient ensemble une sociabilité particulière

Par : Yvon Larose
En 1870, les élites de Montréal se réunissent pour un bal sur glace donné en l'honneur du prince Arthur, fils de la reine Victoria, de passage dans la ville.
En 1870, les élites de Montréal se réunissent pour un bal sur glace donné en l'honneur du prince Arthur, fils de la reine Victoria, de passage dans la ville.
Au-delà des différences ethnologiques, linguistiques et religieuses, les notables franco-catholiques et anglo-protestants, dans le Bas-Canada de la première moitié du 19e siècle, se rejoignaient dans leur appartenance commune à une culture similaire et particulière, celle des élites. Ce faisant, ils formaient ensemble une communauté distincte, différente de la majorité de la population.

Cette affirmation, le doctorant en histoire Alex Tremblay Lamarche en a fait la trame de fond de la communication qu'il a livrée le 27 mars lors d'un colloque de deux jours au Morrin Centre de Québec. La rencontre a réuni 24 spécialistes du Québec, du Canada et de l'étranger. Elle était organisée notamment par le Centre interuniversitaire d'études québécoises. Le colloque avait pour thème «Les relations entre anglophones et francophones au Québec, de la Conquête à la Révolution tranquille».

«Dans la première moitié du 19e siècle, le rapport au monde des classes populaires est axé sur l'utile, le nécessaire, le pragmatisme, tandis que les élites cultivent plutôt un goût pour la distinction sociale», explique Alex Tremblay Lamarche, également président du comité organisateur du colloque. Selon lui, les élites du Bas-Canada détiennent les leviers du pouvoir économique et politique. Elles se définissent aussi, et en grande partie, par leur mode de vie et leur conception du monde. «Ces gens, poursuit-il, ont beaucoup d'argent. Mais il est important pour eux de se mettre en représentation et d'afficher un standing élevé. Ils pratiquent une sociabilité particulière, ils participent à des activités culturelles, ils accordent une importance accrue à l'éducation.»

Au début du 19e siècle, les élites anglo-protestantes s'installent en petit nombre dans la colonie britannique du Bas-Canada. Soucieuses de s'intégrer aux élites canadiennes-françaises, elles fréquentent celles-ci au théâtre, au concert, au bal. «Peu nombreuses de chaque côté, souligne l'étudiant, les élites du temps sont amenées à se retrouver ensemble.»

À cette époque, la population canadienne augmente en flèche, mais le nombre de vocations religieuses ne suit pas. Ce contexte favorise un certain relâchement de la ferveur religieuse, en particulier chez les notables. «Les membres des élites du Bas-Canada ont été exposés, durant leurs études, aux auteurs anciens et aux penseurs du siècle des Lumières, explique Alex Tremblay Lamarche. Tout en étant croyants, ils pratiquent leur foi avec un certain détachement, avec un esprit plus critique. Ils accordent à la religion moins d'importance comme marqueur de l'identité.»

Le relâchement de la ferveur religieuse rend les rencontres entre protestants et catholiques plus faciles et plus fréquentes. Alex Tremblay Lamarche rappelle que dans les années 1830 et 1840, à Québec, les sermons à la cathédrale catholique sont écoutés par les membres des différentes dénominations religieuses. À la même époque, la construction de la nouvelle église catholique irlandaise reçoit l'aide financière de protestants aisés.

Les collèges classiques et les établissements d'enseignement privés anglophones de ce temps visent à offrir aux enfants un bagage qui leur permette de se distinguer en société, de briller. Les jeunes apprennent le latin et développent un goût pour la littérature, classique aussi bien que contemporaine, l'histoire et la mythologie de la Grèce et de Rome, la musique et le théâtre. «Une fois leurs études terminées, soutient Alex Tremblay Lamarche, ces jeunes sont à même de s'intégrer aux cercles distingués de la société, où la connaissance de ces disciplines est nécessaire pour affirmer son statut social.»

Selon lui, des collèges classiques ont accueilli de jeunes anglo-protestants. Ces collèges sont devenus, par le fait même, des lieux de sociabilisation pour les deux groupes ethniques. Plus globalement, le fait d'appartenir à une culture élitiste similaire a facilité l'entrée des uns dans la communauté des autres, et vice-versa. Avec, parfois, des mariages mixtes à la clé…

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