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Un vrai retour au centre?

Le géographe Paul Villeneuve s’interroge sur le caractère permanent du regain démographique que connaissent certains quartiers centraux de Québec  

Par : Renée Larochelle
Saint-Roch
Saint-Roch
Après plusieurs décennies de pertes en ce qui concerne le nombre de résidents, l’arrondissement La Cité, qui constitue le cœur urbain de Québec, a connu un regain démographique appréciable durant les dernières années. De 1996 à 2001, cet arrondissement s’est en effet enrichi de plus de 2 000 personnes ayant choisi de s’établir dans l’un ou l’autre des huit quartiers qui le composent: la colline Parlementaire, Montcalm, Saint-Jean-Baptiste, Saint-Roch, Saint-Sacrement, Saint-Sauveur, le Vieux-Québec Basse-Ville et le Vieux-Québec Haute-Ville. Si certains quartiers affichent un taux de croissance élevé comme le Vieux-Québec Basse-Ville (12,31 %) le Vieux-Québec Haute-Ville (7,27 %) et Saint-Roch (7,21 %), ce taux est plus faible dans des quartiers moins centraux comme Montcalm (3,34 %) et Saint-Sauveur (1,07 %).

Malgré ces différences, il n’en demeure pas moins que tous les quartiers de l’arrondissement La Cité sont touchés par cette hausse, ce qui représente une excellente nouvelle en cette année du 400e anniversaire de Québec, estime Paul Villeneuve, chercheur au Centre de recherche en aménagement et développement (CRAD). Avec Catherine Trudelle (UQAM), Paul Villeneuve explore la question de ce retour au centre à Québec dans un article paru dans le plus récent numéro de la revue Recherches sociographiques. «Cette reprise démographique n’est pas associée au vieillissement de la population, souligne le géographe. En effet, les statistiques démontrent que ce sont surtout les jeunes adultes qui viennent grossir les rangs de l’arrondissement La Cité. Le problème est qu’on ignore encore s’ils vont décider d’y rester et d’y faire leur vie. En somme, il faut se demander si la renaissance de La Cité est un phénomène durable ou provisoire.» 

Pas de gentrification
Selon le géographe, la revalorisation du mode de vie urbain, où par exemple la marche et le vélo remplacent l’utilisation de l’automobile, gagne en popularité auprès d’une partie des résidents du centre. Graduellement, des personnes qui souhaitent pratiquer un genre de vie en accord avec les valeurs liées au développement durable optent pour la vie au centre. L’amélioration de la qualité de vie qu’on y trouve compte pour beaucoup dans ce choix. Ainsi, il y a un demi-siècle, la densité de population dans certains quartiers de même que dans les logements était très élevée. Au cours des années, la plupart des quartiers ont été réaménagés et se sont transformés, des résidences et logements ont été démolis tandis que d’autres ont été restaurés. On ne peut cependant pas parler de gentrification, estime Paul Villeneuve, du moins pas pour l’ensemble de l’arrondissement La Cité, bien que des quartiers comme le Vieux-Québec Basse-Ville soient nettement en voie de se gentrifier. «Les résidents de La Cité, anciens et nouveaux, sont plus scolarisés que ceux du reste de la ville, mais ils sont moins fortunés, les premiers parce qu’ils sont souvent retraités, les deuxièmes parce qu’ils sont plus jeunes», dit le chercheur.

À la lumière de ces considérations et parce qu’elle est trop récente, Paul Villeneuve conclut à la fragilité de cette renaissance urbaine. Basée sur la venue dans La Cité de jeunes adultes issus des banlieues et des régions, la reprise démographique ne se manifeste jusqu’ici que sur une courte période, soit de 1996 à 2001. Déjà, le nombre de nouveaux résidents tend à diminuer. Avec le vieillissement de la population, cette tendance pourrait bien aller en s’accentuant, même si rien n’est perdu. «Aujourd’hui, plusieurs choix de vie s’offrent aux jeunes adultes qui sont au début de leur vie active, dit Paul Villeneuve. Beaucoup de jeunes ménages sont attirés par un genre de vie urbain qui leur garantit la proximité de nombreux services pour eux et pour leurs enfants. Les choix de vie sont beaucoup plus diversifiés qu’il y a quelques années: on peut travailler en banlieue et vivre en ville, ou l’inverse. Tout est ouvert.»

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