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Un accès à l'emploi plus difficile?

Une étude inédite au Canada lève le voile sur la discrimination dont seraient victimes les personnes en fauteuil roulant en recherche d’emploi

Par : Yvon Larose
Pour les emplois de réceptionniste, de secrétaire, de programmeur informatique ou de commis comptable, des personnes en fauteuil roulant peuvent fournir une productivité équivalente à celle de travailleurs non handicapés.
Pour les emplois de réceptionniste, de secrétaire, de programmeur informatique ou de commis comptable, des personnes en fauteuil roulant peuvent fournir une productivité équivalente à celle de travailleurs non handicapés.
À compétences égales, le fait de mentionner une limitation physique dans un dossier de candidature, en l’occurrence l’usage d’un fauteuil roulant dû à une paraplégie, diminuerait de près de moitié les chances d’être contacté pour une entrevue, par rapport à un curriculum vitae (CV) qui n’en ferait pas mention. C’est là la désolante constatation faite par une équipe de chercheurs du Département d’économique dans le cadre d’une récente étude. Un article scientifique sur les résultats de cette recherche inédite au Canada est en préparation.

«On entend moins parler de ces personnes, souligne le chercheur principal de l’étude, Charles Bellemare. Or, il s’agit clairement d’un groupe de personnes qui font face à des défis incroyables pour s’insérer sur le marché du travail. Nous nous attendions à trouver une forme de discrimination comme il en existe à l’endroit des femmes et des membres des communautés ethniques, mais l’ampleur de la discrimination nous est apparue choquante.»

L’étude a été menée conjointement par les professeurs Charles Bellemare, Marion Goussé et Guy Lacroix ainsi que par le doctorant Steeve Marchand. Cette recherche s’inscrit dans le projet Disability, Employment, and Public Policies, une initiative conjointe des Instituts de recherche en santé du Canada et du Conseil de recherches en sciences humaines du Canada. Le projet est placé sous la direction du professeur Bellemare.

La méthodologie employée a consisté à envoyer des curriculum vitae et des lettres de présentation fictifs à 1 477 entreprises privées de la région de Montréal et de la ville de Québec. Ces sociétés annonçaient des emplois réels de réceptionniste, de secrétaire, de programmeur informatique ou de commis comptable. Tous ces types d’emplois peuvent être occupés par des personnes en fauteuil roulant et celles-ci, selon différentes études, peuvent fournir une productivité équivalente à celle de travailleurs non handicapés. La moitié des envois faisait mention de ce handicap, l’autre moitié non.

«Nous avons découvert que le taux moyen de convocation à une entrevue d’embauche passe de 14,4%, pour les candidatures qui mentionnent une incapacité motrice nécessitant un fauteuil roulant, à 31%, pour celles qui ne la mentionnent pas, explique Charles Bellemare. Ces pourcentages indiquent que la personne en situation de handicap moteur a 54% moins de chances d’être convoquée en entrevue.»

Les chercheurs se sont penchés sur le Contrat d’intégration au travail (CIT). Cette mesure du gouvernement du Québec prévoit qu’un employeur peut obtenir un remboursement pour des dépenses engagées pour l’adaptation d’un poste de travail confié à une personne souffrant d’un handicap. «Nos CV et nos lettres de présentation rassuraient les employeurs sur les coûts découlant de l’engagement d’une personne handicapée en mentionnant que le candidat possédait un CIT, indique le professeur Bellemare. Or, cette mesure n’augmente pas vraiment le taux de convocation en entrevue, soit 15% pour les candidats avec subvention, contre 13% pour ceux sans subvention.»

Dans leur recherche, les chercheurs ont visité des entreprises équipées d’ascenseurs et de rampes d’accès pour fauteuils roulants. Malgré ce que l’on pourrait croire, ces sociétés ne présentent pas un taux de discrimination plus faible que la moyenne. «Nos différents résultats, soutient-il, nous font croire que les employeurs, au Québec, discriminent les travailleurs handicapés à cause de perceptions inexactes. Ils sont réticents à les engager, pensant qu’ils entraîneront des coûts élevés pour l’adaptation de leur poste de travail et qu’ils auront une productivité moins grande que celle des employés non handicapés.»

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