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Touchons du bois

Prédire l’avenir forestier est un exercice périlleux, estime le professeur Frédéric Raulier

Par : Jean Hamann
Il y a 200 ans, dans un effort exemplaire de planification à long terme, la France plantait des forêts de chênes en prévision de ses besoins futurs en mâts de navire. Un siècle plus tard, sa voisine, la Belgique, elle aussi soucieuse de bien préparer l’avenir, reboisait une partie de son territoire pour assurer l’approvisionnement de son industrie du charbon de bois. «Ces deux exemples montrent bien à quel point il est difficile de prédire l’avenir. Les besoins changent et les technologies évoluent. Pourtant, on s’obstine à planifier l’avenir en fonction du présent», a déploré le professeur du Département des sciences du bois et de la forêt, Frédéric Raulier, devant la centaine de personnes qui participaient, le 14 mars, au 2e Colloque annuel du Centre d’étude de la forêt (CEF) qui se déroulait à Québec.
   
Lui-même chercheur au CEF, le professeur Raulier appelait l’Histoire à la barre des témoins pour appuyer sa charge contre le calcul de la possibilité forestière (CPF), un concept bien actuel autour duquel s’articule le régime forestier en vigueur au Québec. Le CPF fixe le volume de bois que l’on peut récolter au cours des cinq prochaines années tout en maintenant un rendement soutenu sur un horizon de 150 ans. Ainsi, en s’engageant à réaliser des travaux d’aménagement forestier dans quelques décennies, on peut autoriser un plus grand volume de coupe dès maintenant. «La récolte de bois permise cette année repose sur des promesses et des engagements qui risquent fort de ne pas être tenus, estime le professeur. Le CPF confond les besoins de l’industrie forestière et la durabilité de la forêt.»
   
Une simple réflexion, même peu scientifique, sur la mouvance des choses suffit pour soulever des doutes sur le concept même du CPF, croit le chercheur. Les besoins actuels de l’industrie n’ont rien à voir avec ceux qui existaient il y a 50 ans, alors comment prédire ce qu’ils seront dans 150 ans? Auparavant sous la responsabilité du ministère des Ressources naturelles, le CPF a été confié au Forestier en chef, question de donner une image plus impartiale à l’exercice. «Il subsiste toutefois une opacité autour du concept, commente le professeur Raulier. On ne sait pas au juste comment les calculs sont faits et le public n’a pas davantage confiance dans les résultats.»
   
Le chercheur, qui mène des travaux sur la gestion des facteurs de risque entourant le calcul de possibilité forestière afin d'en accroître la fiabilité, reconnaît qu’il est plus facile d’être dans le siège du critique que dans celui du conducteur. «Je ne crois pas que le Forestier en chef soit de mauvaise foi. Il n’a tout simplement pas les outils qui lui permettraient d’obtenir ce qu’il cherche.» Néanmoins, le professeur Raulier estime que le CPF est un domaine de transfert technologique très intéressant, quoique difficile. «Même si vous avez raison sur le plan scientifique, il n’est pas certain qu’on va vous écouter parce que des enjeux sociaux et économiques peuvent entrer en ligne de compte dans l’attribution des volumes de coupe.»

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