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Sydney Brenner: l'oeuvre d'une vie

Un des pères de la biologie moléculaire s'est arrêté sur le campus le temps de livrer sa vision de l'avenir de la médecine

Par : Jean Hamann
Si la médecine espère trouver de nouveaux traitements contre les maladies qui affligent l'humanité, c'est vers la génétique qu'elle devra se tourner. Voilà l’opinion exprimée par Sydney Brenner à l'occasion d'une conférence présentée le 29 mai au pavillon Vandry, à l’occasion des célébrations marquant les 35 ans du Centre de recherche en infectiologie. Que le Nobel de médecine 2002 ait la  conviction profonde que l'avenir de la médecine repose sur la génétique est dans l'ordre des choses. Ce scientifique a non seulement consacré plus de 50 ans de sa vie à comprendre comment l'information contenue dans les gènes s'exprimait dans un organisme, mais il a aussi écrit des pans importants de ce qu'il considère être «la plus importante des sciences».
   
Né en Afrique du Sud en 1927, Sydney Brenner était étudiant au doctorat à Oxford lorsque deux chercheurs de Cambridge, James Watson et Francis Crick, ont élucidé la structure de l'ADN en 1953. Dans les jours suivant cette découverte, il leur avait d'ailleurs rendu visite pour admirer en personne le modèle construit par les deux futurs Nobels, sans se douter alors qu'il travaillerait pendant plus de 20 ans en étroite collaboration avec Crick. «Dans les dix années qui ont suivi l'élucidation de la structure de l'ADN, la biologie moléculaire a explosé, se souvient-il. Nous avons compris comment l'information codée dans l'ADN était transcrite en ARN puis en protéines. En rétrospective, toutes ces découvertes ont été faites un petit nombre de chercheurs.»
   
Et il était de ce cercle restreint de bâtisseurs. En 1961, il découvre comment l'information génétique est convertie en protéine à l'aide d'un système de codage où chaque triplet de nucléotides correspond à un acide aminé. Ce sont toutefois ses recherches sur la mort cellulaire programmée, ou apoptose, effectuées dans les années 1970, qui lui ont valu le prix Nobel. Ses travaux ont permis de mieux comprendre comment les gènes contrôlent le développement des tissus et des organes.

Les idées d’abord
Aujourd'hui, Sydney Brenner est ambivalent par rapport aux progrès de sa discipline. D'une part, il constate que les techniques qui ont conduit au séquençage du génome humain sont d'une puissance sans commune mesure avec celles qui existaient à l'époque. «Avec de l'argent et des appareils, c'est maintenant facile de faire de la science en produisant des données descriptives sur le génome. Par contre, on a tendance à oublier que la science se fait d'abord avec le cerveau et des idées. Les chercheurs sont de plus en plus spécialisés dans un domaine précis et bien peu d'entre eux sont en mesure d'intégrer l'ensemble des connaissances de leur discipline. Pourtant, il faut un cerveau bien informé pour interpréter la masse de données qui existe aujourd'hui sur le génome humain. Le plus grand défi actuel est de traduire toutes ces données en connaissances.»
   
Toujours actif en recherche au Salk Institute de La Jolla en Californie, Sydney Brenner n'est pas à court d'idées pour relever ce défi, comme l'indique son projet sur les gènes de l'humanité. Le chercheur propose de tirer parti de la diversité génétique humaine pour trouver de nouveaux traitements contre les maladies. Comment? En repérant, grâce aux millions de médecins qui pratiquent à travers le monde, les personnes qui expriment des conditions physiologiques extrêmes pour un caractère donné qu'il s'agisse de tension artérielle, de taux de cholestérol, de résistance au virus de l’herpès, etc. «Il suffirait de trouver des différences génétiques propres à ces cas extrêmes pour avoir aussitôt des gènes candidats pour un traitement, soutient-il. La beauté de cette approche est qu’elle est applicable directement à l'humain sans avoir à passer par toutes les étapes d'un modèle animal de la maladie.»
  
Ce projet nécessitera de longues années de travail et Sydney Brenner sait bien qu’il risque de ne jamais en voir l’aboutissement. Mais ce détail ne semble en rien ternir son enthousiasme pour le projet. Même un Nobel spécialiste de la mort cellulaire programmée qui a passé le cap des 80 ans ne peut s’empêcher de répondre à l’appel de la science lorsqu’elle lui souffle à l’oreille, une fois de plus, une bonne idée.

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