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Sur une pente glissante

Les skieurs et les planchistes courent plus de risque de se blesser sérieusement s’ils pratiquent leur sport dans les parcs à neige

Par : Jean Hamann
Le sport, c’est la santé? L’adage laisse perplexe à la lumière des statistiques sur les accidents survenus au cours des dernières années dans les centres de ski alpin du Québec. Entre les saisons 1991 et 2003, la fréquence des blessures subies par les skieurs a plus que doublé alors qu’elle a pratiquement triplé chez les planchistes. Cette hausse ne serait pas étrangère à l’aménagement de parcs à neige où skieurs et planchistes rivalisent de témérité pour exécuter des prouesses acrobatiques, suggère une étude publiée dans un récent numéro du Canadian Journal of Public Health par Claude Goulet, du Département d’éducation physique, et par ses collègues Brent Hagel (U. de Calgary), Denis Hamel et Gilles Légaré (Institut national de santé publique du Québec).
   
Les chercheurs ont décortiqué les 50 593 rapports de blessures consignés par les patrouilleurs de centres de ski alpin au Québec entre 2001 et 2005 et ils ont comparé le risque couru par les skieurs et les planchistes qui utilisent les parcs à neige à celui des skieurs qui empruntent les autres pistes, toutes catégories confondues. Ils ont ainsi établi que le risque qu’un skieur ou qu’un planchiste blessé nécessite une évacuation par ambulance augmente respectivement de 36 % et de 14 % lorsque l’accident survient dans un parc à neige. Les chercheurs expliquent la différence entre les deux groupes par le fait que les skieurs se blessent plus souvent aux jambes que les planchistes, ce qui limite leur capacité de se déplacer de façon autonome.
   
Par ailleurs, le risque de blessures graves — fracture simple ou multiple, dislocation, blessures à la tête, au thorax ou à l’abdomen — est 50 % plus élevé chez les skieurs lorsque l’accident survient dans un parc à neige. Cet écart n’est pas observé du côté des planchistes, ce qui ne rend pas leur sport sécuritaire pour autant. En effet, peu importe où cette activité est pratiquée, le risque de blessures graves en planche à neige est près de 70 % plus élevé qu’en ski sur les pistes normales. «Des différences dans la mécanique de la chute en ski et en planche à neige pourraient être en cause», avance Claude Goulet.
   
Faudrait-il fermer les parcs à neige ou y interdire les manoeuvres dangereuses? «Lorsque les sauts étaient interdits dans les centres de ski, les gens construisaient eux-mêmes des tremplins en marge des pentes, rappelle le professeur Goulet. Ces activités sont là pour rester et il faut plutôt travailler à en améliorer la sécurité.» La plupart des centres de ski ont accepté d’implanter volontairement des mesures touchant l’adoption de normes d’aménagement des modules de saut, la formation de surveillants chargés d’encadrer les personnes qui utilisent les parcs à neige et le port du casque protecteur. «Ces mesures seront en vigueur dans la plupart des centres de ski cette année de sorte qu’on devrait pouvoir observer des effets mesurables sur les blessures.»

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