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Sur la ligne de feu

Des chercheurs explorent les liens entre l'inflammation et le cancer du sein

Par : Jean Hamann
Les marqueurs inflammatoires joueraient un rôle dans le développement du cancer du sein par l'intermédiaire de la densité mammaire, suggère une étude menée par l'équipe de Caroline Diorio.
Les marqueurs inflammatoires joueraient un rôle dans le développement du cancer du sein par l'intermédiaire de la densité mammaire, suggère une étude menée par l'équipe de Caroline Diorio.
De plus en plus d'études suggèrent que l'apparition et l'évolution du cancer du sein dépendent de processus inflammatoires qui peuvent être exacerbés par certaines molécules causant des stress oxydatifs. De là à penser que la consommation d'aliments ou de suppléments contenant des antioxydants pourrait réduire le risque d'inflammation, et éventuellement le risque de cancer du sein, il n'y avait qu'un pas que l'équipe de Caroline Diorio n'a pas voulu franchir avant de soumettre l'idée à l'épreuve du feu.

Pour ce faire, la professeure de la Faculté de médecine, également chercheuse au CHU de Québec-Université Laval, et ses collaborateurs ont mesuré l'expression d'une dizaine de marqueurs inflammatoires dans des échantillons de tissu mammaire sain provenant de 160 femmes qui avaient subi une chirurgie pour un cancer du sein. À l'aide d'un questionnaire portant sur les habitudes alimentaires, les chercheurs ont estimé la quantité d'antioxydants, entre autres de vitamine C, de vitamine E, de bêta-carotène, de lycopènes, de sélénium et de zinc, consommés par chaque participante, sous forme d'aliments ou de suppléments, dans l'année précédant la chirurgie.

Leurs analyses, publiées dans un récent numéro de la revue Integrative Cancer Therapies, révèlent qu'il n'existe pas de relation claire et nette entre l'apport alimentaire en antioxydants et les différents marqueurs inflammatoires du sein. «Dans certains cas, les antioxydants semblent même augmenter l'expression de marqueurs pro-inflammatoires, ce qui est contraire aux prédictions. Les aliments riches en antioxydants ont des bienfaits reconnus pour la santé, mais nos résultats ne nous permettent pas de conclure qu'ils réduisent le risque d'inflammation dans les tissus mammaires», résume la professeur Diorio.

Dans une deuxième étude, les chercheurs ont tourné leur attention vers le lien possible entre la densité mammaire et les marqueurs inflammatoires du sein. «La densité mammaire reflète l'abondance relative des glandes et des canaux dans le tissu mammaire, précise Caroline Diorio. Une hausse de 10% de la densité mammaire se traduit par une augmentation allant de 11 à 30% du risque de cancer du sein.»

Dans un article publié dans Menopause, la professeure Diorio et ses collaborateurs rapportent que la densité mammaire est 30% plus élevée dans le groupe de femmes chez qui l'interleukine-6, un marqueur pro-inflammatoire, dépasse la médiane. En plus, chez les femmes qui ne sont pas ménopausées, trois autres marqueurs pro-inflammatoires sont associés à une élévation des densités mammaires allant de 7% à 17%. «Nos résultats appuient l'hypothèse voulant que les marqueurs inflammatoires jouent un rôle dans le développement du cancer du sein par l'intermédiaire de la densité mammaire, souligne la professeure Diorio. Les marqueurs inflammatoires pourraient donc constituer des cibles intéressantes pour les futures interventions visant la prévention du cancer du sein. Compte tenu des résultats peu probants relatifs aux antioxydants, d'autres nutriments et comportements susceptibles de réduire l'inflammation seront explorés dans des travaux à venir.»

Les premières auteures des deux études sont Danielle Larouche et Mirette Hanna. Les autres signataires en sont Sue-Ling Chang, Simon Jacob, Bernard Têtu, Isabelle Dumas, Michèle Orain, François Sanschagrin, Alexandre Bureau, Brigitte Poirier et Caroline Diorio.

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