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Sous le radar médical

Les infections systémiques causées par des champignons sont sous-diagnostiquées et traitées tardivement chez les patients gravement malades

Par : Jean Hamann
<em>Candida albicans</em> est un champignon microscopique retrouvé dans les muqueuses de 80% de la population. Généralement inoffensif, il peut causer des maladies graves et même la mort chez les personnes dont le système immunitaire est affaibli. Des microorganismes du genre Candida étaient la cause de l'infection sanguine de 8% des patients de l'étude.
<em>Candida albicans</em> est un champignon microscopique retrouvé dans les muqueuses de 80% de la population. Généralement inoffensif, il peut causer des maladies graves et même la mort chez les personnes dont le système immunitaire est affaibli. Des microorganismes du genre Candida étaient la cause de l'infection sanguine de 8% des patients de l'étude.
Environ le quart des patients des unités de soins intensifs aux prises avec une infection qui s'est propagée au sang ne reçoivent pas un traitement antibiotique initial adéquat. C'est ce que révèle une étude pancanadienne à laquelle a participé le professeur François Lauzier, de la Faculté de médecine et du Centre de recherche du CHU de Québec-Université Laval. La situation est particulièrement préoccupante lorsque l'infection est causée par un champignon puisque le risque de mortalité des patients triple dans pareil cas, démontre l'étude qui vient de paraître dans la revue Plos One.

Les patients traités dans les unités de soins intensifs sont, par définition, dans un état de santé précaire et leur vulnérabilité s'accroît lorsqu'ils contractent une infection. Vu leur condition, il est important de leur administrer un antibiotique efficace dans les plus brefs délais. Toutefois, comme il faut en moyenne de trois à quatre jours pour déterminer l'identité de l'agent infectieux, les médecins sont contraints de choisir de façon empirique le traitement initial administré aux malades. Leur stratégie consiste souvent à jouer la loi de la moyenne en prescrivant des antibiotiques à large spectre.

Pour étudier les répercussions de cette façon de faire, les chercheurs ont passé en revue les dossiers de quelque 1 200 personnes soignées dans des unités de soins intensifs de 13 hôpitaux canadiens. Ces patients avaient contracté une infection qui s'était propagée au sang. Grâce aux informations portant sur le traitement prescrit initialement et sur l'identité de l'agent infectieux révélée ultérieurement par les tests de laboratoire, les chercheurs ont déterminé dans quelle mesure le premier antibiotique prescrit était approprié. «Bien que les médecins qui pratiquent dans les unités de soins intensifs soient très expérimentés, ils prescrivent un traitement inadéquat dans 22% des cas, souligne François Lauzier. Lorsque l'infection est causée par une bactérie, ce taux est de 19%. Il grimpe à 65% lorsqu'il s'agit d'un fongus.»

Quarante pour cent des patients qui faisaient partie de l'étude sont décédés pendant leur séjour à l'hôpital. Selon les analyses des chercheurs, les traitements initiaux inadéquats n'augmentent pas le risque de mortalité lorsque l'agent infectieux est une bactérie. «Il ne faut surtout pas interpréter ce résultat comme une preuve qu'il n'est pas nécessaire de prescrire le bon antibiotique contre des bactéries dès le début du traitement», prévient le professeur Lauzier. Lorsque l'agent infectieux est une espèce fongique, le risque de mortalité triple. Deux facteurs peuvent expliquer cette hausse, avance-t-il. «D'abord, les délais pour obtenir les résultats de laboratoire sont plus longs pour les fongus, de sorte que le bon antibiotique est administré plus tardivement. Par ailleurs, comme les infections causées par ces microorganismes sont plus rares – on parle de 8% des cas dans notre étude –, les médecins sont moins portés à soupçonner qu'ils peuvent être en cause et les antibiotiques initiaux qu'ils prescrivent ne les ciblent pas.»

Heureusement, cette situation n'est pas irrémédiable, estime François Lauzier. Le risque de mortalité associé aux infections fongiques pourrait être réduit en améliorant les règles de prédiction cliniques qui permettent aux médecins de mieux cerner les patients qui risquent d'en être atteints. Par ailleurs, des tests biochimiques détectant des molécules présentes dans les parois cellulaires des fongus pourraient aider les médecins à prescrire un meilleur traitement initial. Ces tests ne renseignent pas sur la souche en cause, mais les médecins sauraient, en quelques heures, qu'il s'agit d'un fongus. Un antibiotique à large spectre ciblant ces microorganismes pourrait être administré en attendant le résultat des cultures microbiologiques. «Nous espérons aussi que notre étude sensibilisera les médecins des unités de soins intensifs à la possibilité que leurs patients puissent être infectés par des fongus», conclut le professeur Lauzier.

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