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Questions prématurées

Des chercheurs et des médecins unissent leurs efforts pour mieux comprendre certains problèmes qui affligent les grands prématurés de sexe masculin

Par : Jean Hamann
Les grands prématurés ne l'ont pas facile. Leur arrivée précipitée en ce bas monde s'accompagne souvent de graves problèmes de santé qui ne s'estompent pas toujours avec l'âge, en particulier du côté des garçons. Dix-huit mois après leur naissance, 37 % des garçons nés très prématurément ont des problèmes respiratoires et 12 % souffrent de déficience motrice cérébrale; chez les filles, ces taux sont respectivement deux fois et trois fois moindres. «Ces différences sexuelles seraient attribuables aux hormones masculines qui entravent le développement des poumons», explique le professeur Yves Tremblay, du Département d'obstétrique et de gynécologie. Comme les poumons de prématurés de sexe masculin sont moins bien formés que ceux des filles pour un même âge gestationnel, la détresse respiratoire et les problèmes qui en découlent sont plus fréquents chez les garçons.
   
Par quel mécanisme les hormones masculines freinent-elles le développement pulmonaire? Y a-t-il moyen de mesurer l'importance de ce retard et de le compenser? C'est ce que le professeur Tremblay et ses collègues entendent déterminer au cours des cinq prochaines années grâce à une subvention de 1 M$ des IRSC. Leurs travaux serviront à déterminer quelles protéines en lien avec le développement des poumons sont produites à différents stades de la gestation. «Comme une ponction dans les poumons du foetus pose trop de risque, nous nous concentrons sur des protéines qui se trouvent dans le liquide amniotique, précise le chercheur. Nous espérons ainsi découvrir des marqueurs indicatifs du degré de développement pulmonaire chez les grands prématurés.» Ces marqueurs pourraient mettre les chercheurs sur la piste de thérapies pour accélérer la maturation pulmonaire, mais ils serviront aussi à donner l'heure juste aux médecins et aux parents quant aux chances de survie de l'enfant ou aux séquelles qui le guettent.
   
Le projet ne sera pas confiné aux laboratoires de protéomique. Dans l'espoir de mieux saisir toutes les dimensions du problème de la grande prématurité chez les garçons et de s'assurer que les résultats des travaux seront mis en pratique dans les hôpitaux, le professeur Tremblay a fait appel à quatre de ses collègues de la Faculté de médecine, Emmanuel Bujold, Raymond Lambert, Bruno Piedboeuf et Guy Poirier, ainsi qu'à deux spécialistes des troubles de développement, Gina Muckle, de l'École de psychologie, et Francine Lefebvre, de la Faculté de médecine de l'Université de Montréal. 
   
L'équipe de recherche documentera les répercussions psychosociales de la grande prématurité en effectuant le suivi d'une cohorte de 125 enfants. Un outil d'évaluation est présentement en voie d'élaboration et il sera mis à l'épreuve chez des enfants nés prématurément lorsqu'ils feront leur entrée à l'école à l'âge de cinq ans.

Des règles plus claires
Les chercheurs se pencheront également sur les recommandations que les médecins font aux parents de grands prématurés lorsque la survie de l'enfant est en jeu.  Même si le taux de naissances prématurées est en hausse depuis plusieurs décennies et que les enfants de plus en plus jeunes sauvés par la médecine risquent de conserver de graves séquelles de leur arrivée hâtive dans la vie, ce n'est que le mois dernier que l'American Academy of Pediatrics a publié ses premières lignes directrices sur le counselling touchant la réanimation des grands prématurés. «Auparavant, il n'existait pas de règles claires au sujet de ce que les médecins devaient dire aux parents de grands prématurés maintenus en vie grâce à une assistance médicale. C'était du cas par cas et les recommandations étaient laissées à la discrétion de chaque médecin», souligne Yves Tremblay. Douze médecins de sept centres hospitaliers du Québec ont accepté de participer à une enquête qui documentera le type de counselling médical dispensé aux parents de grands prématurés.
   
Enfin, un forum de discussion Web sur la délicate question de la réanimation des grands prématurés a été mis sur pied pour stimuler les échanges entre spécialistes de divers horizons. Des étudiants en médecine, en psychologie et en épidémiologie et une représentante de Préma-Québec se joignent aux chercheurs pour échanger leurs points de vue et intégrer leurs connaissances. Les deux premières questions abordées dans ce forum portaient sur les paramètres utilisés pour réanimer ou non un prématuré à la limite de la viabilité et sur la pertinence de fournir aux parents des informations en lien avec le sexe de l'enfant. Les échanges s'échelonnent sur plusieurs semaines et conduisent à la rédaction d'un avis transdisciplinaire. «Ces avis seront diffusés auprès des spécialistes touchés par les questions relatives aux grands prématurés. Ils ne constitueront pas des lignes directrices, mais ils aideront à franchir un pas dans cette direction», croit le professeur Tremblay.

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