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Québec, ville de garnison

Dans sa thèse de doctorat, Lawrence Ostola démontre que les militaires britanniques qui ont habité la capitale entre 1759 et 1871 ont joué un rôle des plus actifs dans la société civile du temps

Par : Yvon Larose
Loin d’être des spectateurs passifs et indifférents à la vie urbaine qui se déroulait sous leurs yeux, les soldats britanniques en poste à Québec, après la prise de la ville en 1759 et ultimement jusqu’au départ définitif de la garnison en 1871, ont pris part de façon active et visible à la vie civile. C’est là la conclusion de la thèse de doctorat en histoire dont Lawrence Ostola a fait la soutenance cet automne sur le campus. «L’histoire m’a toujours intéressé, en particulier l’histoire militaire», explique celui qui occupe la fonction de directeur général des Lieux historiques nationaux à Parcs Canada. «Ce qui m’intriguait, poursuit-il, était de savoir quel était l’impact que pouvait avoir une garnison militaire sur la population civile.» Ce dernier avoue avoir été quelque peu surpris de la réaction des journaux et de la population du temps lorsque les dernières troupes ont quitté la Citadelle de Québec en 1871. «La garnison, écrit-il dans son introduction, était arrivée en 1759 comme partie d’une armée étrangère, parmi des scènes de ruines et de destruction, dans une colonie à l’avenir incertain. Elle quittait accompagnée par des expressions publiques de regret.» De toute évidence, une relation particulière s’était développée en 112 années de cohabitation entre les militaires et la population civile. Dans le journal L’Événement de Québec, un article relatif à la préparation par les citoyens d’un bal visant à souligner le départ définitif des militaires parle de «cette noble armée qui ne laisse ici que des souvenirs d’honneur et de généreuse hospitalité».

Une présence publique
Lawrence Ostola a concentré ses recherches sur la période couvrant les années 1759 à 1838. «Le nombre de soldats de la garnison de Québec fluctuait selon les circonstances, indique-t-il. En moyenne annuelle, leur nombre dépassait le millier. En 1831, ils représentaient 6 % de la population de la ville.»
La garnison britannique assurait une présence très publique, visible et dynamique à Québec. Les militaires étaient partout: aux portes de la ville, dans les salles de bals, dans les magasins ou dans les tavernes. Les soldats ne se limitaient pas aux activités routinières quotidiennes comme faire l’exercice ou bien monter la garde. Ils organisaient régulièrement de nombreuses et fréquentes activités qui attiraient les foules. Mentionnons les revues militaires sur les plaines d’Abraham, la tenue de régates ou de courses de chevaux, ainsi que la présentation de concerts, de bals et de pièces de théâtre. «Ils ont également laissé des traces dans les structures publiques de la ville, souligne Lawrence Ostola. Les militaires ont aidé à la construction de l’église anglicane de Québec et aux fortifications.»
Les soldats britanniques ont été d’importants auxiliaires aux autorités civiles pour le maintien de l’ordre. La plus importante contribution de la garnison à ce chapitre demeure toutefois son rôle dans la lutte aux incendies. Par ailleurs, des militaires se sont rendus coupables de nombreux délits à l’endroit de civils, mais aussi vis-à-vis d’autres soldats. Certains ont commis des vols, d’autres ont été reconnus coupables de voies de fait, de désordre public ou d’ivrognerie. Ils fréquentaient les bordels et les tavernes. Certains ont été emprisonnés.

«Peu de preuves permettent de croire que soldats et civils de langue française vivaient dans un état constant de méfiance mutuelle et d’hostilité», écrit Lawrence Ostola. Selon lui, les deux camps se sont ajustés raisonnablement bien l’un à l’autre, et ce, en dépit des frictions et inconvénients inévitables. Ce dernier a également découvert que les relations sont demeurées longtemps tendues entre les militaires et les civils britanniques. «En Grande-Bretagne, à l’époque, il existait une profonde méfiance chez le citoyen à l’endroit des armées professionnelles, explique-t-il. Les gens percevaient les soldats comme une menace à la liberté individuelle.» Cette attitude, transposée dans le Nouveau-Monde, a donné lieu à Québec à des incidents violents assez importants impliquant soldats et citoyens britanniques.

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