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Quatre cents ans de français au Québec

La richesse de la langue de chez nous tient en plusieurs mots hérités de France et d’ailleurs

Par : Renée Larochelle
Depuis l’arrivée de Samuel de Champlain en 1608 jusqu’à nos jours, qu’en est-il de l’évolution du français au Québec? Le parlons-nous mieux qu’avant ou, au contraire, est-il menacé de disparaître sous le poids des anglicismes, des archaïsmes et, en fin de compte, d’un certain laisser-aller ambiant? Devant ces questions, André Thibault, spécialiste des langues romanes et professeur à l’Université Paris-Sorbonne, se montre plutôt optimiste. La situation est loin d’être catastrophique, estime ce Québécois diplômé de l’Université Laval en linguistique qui vit en France depuis 20 ans. «Quand je reviens en visite au Québec, je suis toujours surpris de la vitalité du français québécois, dit André Thibault. Que ce soit dans le métro à Montréal ou dans les rues de Québec, on y entend souvent les mêmes expressions qu’à Paris. C’est plutôt encourageant! Les Québécois voyagent aussi beaucoup en France, écoutent la radio et regardent la télévision en français. Les échanges entre Québécois et Français sont nombreux. Non, le français n’est pas menacé.»
   
Le 31 janvier, à la chapelle du Musée de l’Amérique française, André Thibault a prononcé la première conférence d’une série de huit rencontres organisées par le Centre interdisciplinaire de recherches sur les activités langagières (CIRAL) sur le thème «400 ans de français au Québec. Un patrimoine façonné par l’histoire.» Ayant collaboré à la rédaction de plusieurs dictionnaires, ce romaniste réputé a brossé un portrait de l’évolution du français au Québec depuis l’arrivée de Champlain. On a ainsi appris que des prononciations comme toé, moé, drette et frette encore présentes dans le français familier de nos jours témoignaient de la langue parlée dans le Paris du 16e et du 17e siècle par ce qu’on pourrait appeler aujourd’hui la classe moyenne et non pas par le «petit peuple» qui, lui, prononçait «toi» et «moi». Par ailleurs, a rapporté André Thibault, des archaïsmes comme «soulier» (pour chaussure) ou comme «jusqu’à tant que» (jusqu’à ce que) sont encore en usage dans certaines régions de France, de même que des régionalismes comme «achaler» (importuner), ou «rester» au sens de demeurer ou de résider.

Atoca, condom et caribou
La richesse du français québécois ne tient pas seulement à l’héritage des mots provenant de la mère patrie. En plus d’avoir hérité de ces archaïsmes et régionalismes, le Québec a aussi beaucoup emprunté à l’anglais. Les Québécois travaillent ainsi pour des peanuts («to work for peanuts»), alors que les Français travaillent pour des cacahouètes. Ce n’est pas non plus un hasard si les Québécois utilisent davantage le condom (condom en anglais), un terme jugé vieilli par les linguistes français qui privilégient plutôt l’emploi du «préservatif». Sans parler de tous ces mots exotiques empruntés à la langue amérindienne et qui fascinent tant les Français, comme «atoca» et «caribou». «La langue est plus riche que la description qu’on arrive à en faire, explique André Thibault. Ce qui se disait hier ne se dit plus nécessairement aujourd’hui. Par exemple, on pourrait faire la liste des mots que les Français ont conservés et que les Québécois n’emploient plus.» Selon le linguiste, des événements historiques majeurs ont contribué à façonner la langue française au Québec. D’abord, la conquête de 1759, où le Canada français a perdu tout contact avec la France, avec le résultat qu’il s’est anglicisé rapidement. Deux cents ans plus tard, la Révolution tranquille remettait les Québécois en contact avec le français d’Europe. «La fierté linguistique vient avec la fierté qu’a un peuple de lui-même, affirme André Thibault. Quant au complexe d’infériorité que les Québécois entretiennent avec les Français par rapport à la qualité de la langue, il est moins prononcé qu’avant, mais il persiste tout de même.»
   
La série de conférences offertes par le CIRAL, sous la direction de Diane Vincent, professeure au Département de langues, linguistique et traduction, se poursuit tout au long de l’hiver et du printemps. Les prochaines rencontres porteront notamment sur les écrits de la Nouvelle-France en tant que témoins du français en terre d’Amérique (7 février); les écrivains québécois et la langue française (28 février); les études québécoises dans le monde (13 mars); le Nous québécois (27 mars). Pour une description détaillée des conférences qui se tiennent à la Chapelle du Musée de l’Amérique française (2, côte de la Fabrique) à 17 h 30, consultez le www.ciral.ulaval.ca.
     

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