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Quand l'implant cache le sein

Les tumeurs mammaires sont découvertes plus tardivement chez les femmes qui ont des implants

Par : Jean Hamann
Vu le nombre de femmes qui ont déjà des implants mammaires et la popularité grandissante de l'intervention, il est impératif que l'évaluation à long terme se poursuive, estiment les chercheurs.
Vu le nombre de femmes qui ont déjà des implants mammaires et la popularité grandissante de l'intervention, il est impératif que l'évaluation à long terme se poursuive, estiment les chercheurs.
Les implants mammaires nuiraient au dépistage du cancer du sein, mais la survie des femmes n'en serait pas affectée. Voilà les conclusions d'une étude publiée par un groupe de chercheurs canadiens dans le numéro du 1er mai de l'International Journal of Cancer.
   
Jacques Brisson, du Département de médecine sociale et préventive, Lin Xie et Yang Mao, de l'Agence de la santé publique du Canada, et Eric Holowaty et Paul J. Villeneuve, de l'Université de Toronto, ont suivi, à long terme, 24 558 femmes du Québec et de l'Ontario qui ont subi une implantation mammaire entre le début de 1974 et la fin de 1989. Grâce à des banques de données nationales sur les cancers et sur la mortalité, les chercheurs ont établi l'incidence des cancers du sein, le stade auquel ils ont été découverts et le taux de survie dans ce groupe de femmes. Ils ont ensuite comparé ces données à celles d'un groupe témoin constitué de 15 893 femmes qui avaient subi un autre type de chirurgie esthétique dans les mêmes cliniques pendant la même période.
   
L'exercice leur a permis de déterminer que pendant la période de suivi — 15 ans en moyenne — 182 femmes du groupe implants mammaires et 202 femmes du groupe témoin ont reçu un diagnostic de cancer du sein. L'incidence des cancers est similaire dans les deux groupes, mais chez les femmes avec implants mammaires, 13,2 % des tumeurs sont détectées à un stade avancé (stade 3 ou 4), contre 5,5 % dans le groupe témoin. Toutefois, en dépit du retard dans la détection des tumeurs, les courbes de survie des deux groupes de femmes sont similaires.
   
Une hypothèse avancée pour expliquer le retard dans la détection des tumeurs chez les femmes du groupe implants mammaires est que ces prothèses sont composées de matériaux radio-opaques qui interfèrent avec la lecture des mammographies. De plus, ils entraveraient le bon positionnement du sein dans l'appareil, ce qui nuirait à la détection des petites tumeurs. Environ le tiers du sein ne pourrait être examiné correctement.
   
On estime qu'entre 100 000 et 200 000 Canadiennes ont des prothèses mammaires. Dans 20 % des cas, l'intervention a servi à la reconstruction d'un sein après mastectomie ou à la correction de seins anormalement développés. Le reste est d'ordre esthétique. Aux États-Unis, l'implantation mammaire est la chirurgie esthétique la plus pratiquée; en 2007 seulement, près de 400 000 femmes y ont eu recours, soit une hausse de 300 % en 10 ans. Vu le nombre de femmes qui ont déjà des implants, la popularité grandissante de l'intervention et la réhomologation récente des prothèses en gel de silicone au Canada et aux États-Unis, le professeur Brisson et ses collègues estiment qu'il est «impératif que l'évaluation à long terme se poursuive».

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