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Profilage linguistique

L’analyse de textes judiciaires assistée par ordinateur permet de remonter la filière jusqu’à l’auteur de lettres jugées criminelles

Par : Renée Larochelle
Journaliste spécialisée dans la cause des femmes, Suzanne sirote tranquillement son café tout en prenant ses courriels lorsqu’un message attire son attention. Il s’agit d’une lettre anonyme dans laquelle on la menace carrément de lui régler son compte si elle continue d’écrire sur des sujets féministes. Ce n’est pas la première lettre de ce genre que reçoit Suzanne. Comment retracer l’auteur ou les auteurs de ces messages haineux? Étudiante à la maîtrise en linguistique judiciaire avec profil en informatique, Annie Houle pourrait bien être en mesure d’aider des personnes comme Suzanne dans quelques années. Sa recherche porte sur l’analyse de textes judiciaires assistée par ordinateur. Elle vise à évaluer les perspectives et les limites de l’automatisation de l’attribution de paternité textuelle dans le contexte judiciaire, plus précisément dans l’analyse de textes courts rédigés en français. Annie Houle travaille à partir d’un logiciel développé par son directeur de mémoire, Jacques Ladouceur, professeur au Département de langues, linguistique et traduction. L’étudiante et le professeur ont donné un aperçu des possibilités et des limites de ce logiciel, baptisé Linguistica, lors d’une conférence organisée par le CIRAL (Centre interdisciplinaire de recherche sur les activités langagières), le 16 mars, au pavillon Charles-De Koninck. L’exposé avait pour titre «La reconnaissance automatique de l’auteur d’un texte à des fins judiciaires». 

Des textes qui cognent
«Il est possible de découvrir l’auteur d’un texte à partir de marqueurs linguistiques bien précis, explique Anne Houle. Par exemple, l’auteur d’une lettre peut employer des régionalismes ou encore des structures syntaxiques propres à une région qui nous aideront dans nos recherches. Plusieurs méthodes peuvent être utilisées, comme la comparaison du document-clé avec des textes présumés du même auteur et la différenciation avec des textes d’autres auteurs. La ponctuation, la récurrence des fautes d’orthographe ou d’erreurs grammaticales, les images métaphoriques, l’utilisation (ou non) de la voix passive sont autant d’indices qui peuvent nous aider à remonter à l’auteur de tout document sur lequel peut reposer une enquête ou un litige. La tâche n’est pas facile: entre deux textes d’un même auteur, il peut y avoir autant de différences qu’entre deux textes d’auteurs différents»

Aux fins de sa recherche, Annie Houle a sélectionné cinq textes de quatre auteurs pour un total de 20 textes, desquels est retiré au hasard un texte qui deviendra son document-clé. Son corpus est tiré de l’édition populaire de La Cognée, organe bimensuel du FLQ (Front de libération du Québec), distribué entre octobre et avril 1967. «Les textes choisis ne sont pas des textes judiciaires en soi, mais ils en partagent néanmoins de nombreuses caractéristiques», note Annie Houle. «La linguistique appliquée à la justice existe depuis un bon nombre d’années et le traitement automatique du langage également, affirme pour sa part Jacques Ladouceur. C’est la combinaison des deux domaines qui est nouvelle et c’est ce qui nous intéresse.»

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