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Pris dans une logique judiciaire?

Les enseignants devraient avoir voix au chapitre en ce qui concerne les normes éthiques régissant leur profession

Par : Renée Larochelle
Jusqu’à quel point un enseignant peut-il serrer le bras d’un élève turbulent afin de l’inciter à se calmer? Un professeur commet-il une faute lorsqu’il passe brièvement sa main dans le dos d’un élève pour l’encourager ou le féliciter? En l’absence d’un ordre professionnel des enseignants au Québec et, par conséquent, d’un code d’éthique, les règles sont si peu claires qu’on ne sait plus ce qui est admissible ou non lorsqu’un professeur intervient physiquement auprès d’un élève. «Les enseignants sont souvent mal protégés face à des accusations dont certaines ne sont pas toujours fondées», soutient Denis Jeffrey, professeur au Département d’études sur l’enseignement et l’apprentissage qui mène actuellement une recherche sur l’éthique des droits des enseignants au Québec. «Des causes se retrouvent devant les tribunaux alors qu’elles auraient très bien pu se régler hors cours, explique Denis Jeffrey. Depuis une vingtaine d’années, on observe également un rehaussement des exigences éthiques de la part des juges appelés à décider s’il y a eu manquement professionnel chez les professeurs. En effet, les juges exigent que les enseignants deviennent de véritables modèles de moralité, autant durant les heures de classe qu’en dehors des cours.»

La logique judiciaire
Aux fins de cette étude, Denis Jeffrey et son équipe de chercheurs ont analysé plus de 240 jugements prononcés entre 1970 et 2007 par les cours canadiennes et québécoises dans des causes touchant l’éthique professionnelle d'enseignants travaillant en majorité au niveau secondaire. Ils se sont intéressés plus particulièrement aux griefs québécois. En comparant les sentences émises, les chercheurs ont notamment constaté une plus grande sévérité en ce qui concerne les attouchements sexuels, les affaires de possession de drogues et l’insubordination.  «Les arbitres réfèrent continuellement à des décisions antérieures prises par leurs pairs pour justifier leurs décisions, et ces décisions n’ont pas seulement une incidence sur l’enseignant qui pose un grief, mais également sur l’ensemble des enseignants, souligne Denis Jeffrey. Les enseignants sont ainsi pris dans une logique judiciaire et cela leur cause parfois un grand tort.» Quant à la distance professionnelle que doivent respecter l’enseignant et son élève, la question reste ouverte. L’enseignant doit-il éviter tout contact physique avec ses élèves, comme le préconisent certains arbitres? 

«Là où le bât blesse, dit Denis Jeffrey, c’est que le monde juridique connaît mal la profession enseignante au quotidien et que certaines décisions s’appuient sur un idéal de moralité exemplaire, ainsi que sur des perceptions du monde scolaire. Quand on ne provient pas du milieu de l’éducation, comment porter un jugement sur l’incapacité à maintenir son autorité sur la classe ou à traiter les élèves de manière inappropriée? On demande aux enseignants d’avoir un comportement moral qui serait au-dessus de tous les autres professionnels qui travaillent avec des personnes. Certes, ils ont un rôle important à jouer parce qu’ils peuvent influencer le développement des enfants. Mais, à ce titre, nos enseignants devraient avoir voix au chapitre en ce qui concerne leurs attentes sur leurs devoirs moraux et se doter de normes éthiques communes.» 

               

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