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Portrait d'un entrepreneur

Le peintre Marc-Aurèle de Foy Suzor-Coté était passé maître dans l’art de faire parler de lui

Par : Renée Larochelle
Il était une fois un peintre canadien-français de grand talent qui avait compris qu’il valait mieux être sous les feux de la rampe que de rester tapi dans l’ombre de son atelier s’il voulait se faire un nom. Justement, parlons de ce nom qu’il décida de modifier dès le début de sa carrière en utilisant le patronyme distingué de sa mère, en plus de supprimer cet accent circonflexe gênant qui le confondait avec tous les Côté du Québec. De Marc-Aurèle Suzor-Côté, il devint ainsi Marc-Aurèle de Foy Suzor-Coté (1869-1937). Conscient du pouvoir de l’image et de l’intérêt grandissant des personnes pour les personnalités publiques, l’artiste ne lésina pas sur les moyens afin de se hisser au sommet, maîtrisant rapidement les règles du jeu de la promotion artistique. C’est cet aspect de la vie du célèbre peintre qu’examine Geneviève Beaulieu dans un mémoire de maîtrise en histoire supervisé par Didier Prioul.

«Dès son premier voyage à Paris en 1891, Suzor-Coté a tenu à recevoir une formation européenne et académique avec des maîtres connus, en l’occurrence Léon Bonnat et Henri Harpignies, dit Geneviève Beaulieu. Il fréquente aussi les académies, partage des ateliers avec d’autres artistes et s’associe un photographe. Profitant du pouvoir et de l’expansion de la presse écrite, il met tout en œuvre pour qu’on cite son nom dans les journaux et ne manque pas de faire parvenir au Canada les critiques et les commentaires à son sujet, sachant très bien qu’une certaine reconnaissance à Paris lui vaudra la renommée au Canada.» Cette véritable opération de relations publiques s'avère un succès: quand Suzor-Coté revient à Montréal en 1895, la notoriété acquise en France fait de lui le premier artiste francophone à exposer chez Scott & Sons, une prestigieuse galerie de Montréal. «Il pose et en impose», constate avec humour Geneviève Beaulieu. 

Épater la galerie
Autre activité s’inscrivant dans cette volonté de renommée et que Suzor-Coté mènera de main de maître: la création d’un atelier d’artiste sur la rue Sainte-Famille à Montréal. Lorsqu’il s’y fait photographier, l’artiste s’assure qu’on puisse y lire les symboles qui reflètent son succès, en mettant en évidence son mobilier somptueux de même qu’une impressionnante galerie de tableaux et de personnages de bronze. Au fil des ans, Suzor-Coté sera notamment cité comme le «Canada’s Foremost painter of Sunlight» et comme «un grand artiste canadien». Peintre reconnu, apprécié et recherché dans les années 1910 et 1920, il tombe dans l’oubli durant les décennies suivantes pour remonter à la surface à la fin des années 1960. En 2002, son œuvre fait l’objet d’une grande rétrospective à Québec. Si on peut aujourd’hui admirer ses œuvres dans plusieurs musées québécois et canadiens, la Collection Suzor-Coté que possède le Musée de l’Amérique française et que Geneviève Beaulieu a explorée aux fins de son étude n’est malheureusement pas visible, faute d’espace. «Suzor-Coté est fascinant non seulement en tant qu’artiste, mais également en tant qu’homme, dit Geneviève Beaulieu. Il a su se servir de tous les moyens pour qu’on parle de lui et de son œuvre. C’était un vrai entrepreneur.»

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