Recherche

Mousser les tourbières

Les recherches de l’équipe de Line Rochefort conduisent à une meilleure connaissance des plantes à utiliser en restauration de ces milieux

Par : Jean Hamann
L’espèce de sphaignes utilisée pour restaurer une tourbière a une influence déterminante sur le succès de l'opération. Des expériences menées pendant quatre ans au lac Saint-Jean par le Groupe de recherche en écologie des tourbières (GRET) ont démontré que Sphagnum fuscum est l'espèce qui, employée seule ou en combinaison avec d’autres sphaignes, permet d'obtenir le meilleur tapis de mousse sur le sol des tourbières mis à nu par l’extraction de la tourbe. Les chercheuses Claudia St-Arnaud et Line Rochefort ont présenté les détails de cette étude à l’occasion du 14e Colloque annuel du GRET, qui s'est déroulé le 20 février sur le campus.

Cette démonstration permettra d’améliorer la technique de restauration des tourbières mise au point par le GRET au cours des 15 dernières années. Les sphaignes sont au cœur de cet écosystème, rappelle Line Rochefort, directrice du GRET et titulaire de la Chaire de recherche industrielle en aménagement des tourbières. Ces modestes végétaux, reconnus pour leur capacité à coloniser les milieux pauvres où nulle autre plante ne prend racine, parviennent, à force de temps, à tisser de verts tapis continus sur de vastes superficies. «Sans sphaignes, il n'y a pas de tourbières. Ce sont les ingénieures de cet écosystème», résume-t-elle.

La technique de restauration développée par le GRET permet de recréer une tourbière fonctionnelle sur ce qui deviendrait autrement un terrain en friche. Cette méthode est basée sur la transplantation de mousses: il faut 1 mètre carré de sphaigne pour restaurer 12 mètres carrés de tourbière abandonnée. Une fois cette roue enclenchée, le temps fait son œuvre. «Il existe environ 46 espèces de sphaignes au Québec et il est important de faire un bon choix. Nos résultats indiquent que la restauration sera mieux réussie si Sphagnum fuscum fait partie des mousses réintroduites», souligne la professeure Rochefort.

Présentement, les sphaignes transplantées sont prélevées dans des tourbières naturelles, mais le GRET a entrepris d’en faire la culture à sa station expérimentale de Shippagan, située dans une tourbière mise à sa disposition par le gouvernement du Nouveau-Brunswick. Des essais de culture à grande échelle portant sur trois espèces apparentées à Sphagnum fuscum sont présentement en cours en vue d’optimiser leur croissance. «La culture des sphaignes constitue une option intéressante pour les entreprises qui n’ont pas de matériel biologique pour assurer la restauration de leur tourbière et même comme source de fibres pour certains produits à valeur ajoutée», ajoute la chercheuse.

Adoptée par l’industrie canadienne de la tourbe, la technique de restauration des tourbières du GRET suscite l’intérêt à l’extérieur de nos frontières. «Au cours des derniers mois, j’ai reçu des demandes de consultations d’Indonésie, du Chili, d’Alaska et d’Europe. Les gens veulent notamment savoir comment nous sommes arrivés à un partenariat entre le monde universitaire et les entreprises d’exploitation de la tourbe. Cela démontre qu’il y a une prise de conscience internationale de la nécessité de restaurer les tourbières après leur exploitation», constate Line Rochefort.

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