Recherche

Mortel polymère

Des chercheurs découvrent une nouvelle molécule associée à la mort cellulaire programmée

Par : Jean Hamann
Une équipe canado-américaine vient de découvrir une nouvelle molécule qui intervient dans le processus de la mort cellulaire. Guy Poirier, professeur à la Faculté de médecine et membre du Centre de recherche du CHUL/CHUQ, et une équipe de la John Hopkins University School of Medicine font connaître le rôle et le mode de fonctionnement de cette molécule dans deux articles qu’ils publient dans le dernier numéro des Proceedings of the National Academy of Science.

La mort cellulaire programmée ou apoptose résulte d’une cascade de réactions qui s’enclenche, par exemple, après exposition à des substances toxiques, à des rayons ultraviolets ou à des agents de chimiothérapie. La recherche sur les processus entourant l'apoptose revêt un grand intérêt parce que ce phénomène intervient également dans plusieurs maladies, notamment les maladies cardiovasculaires, inflammatoires ou neurodégénératives. Les chercheurs croient qu’en stoppant le processus de mort cellulaire, on pourrait freiner ces maladies ou en limiter les dégâts. À l’inverse, la possibilité d'induire de façon très ciblée l'apoptose dans des cellules cancéreuses - qui ont en quelque sorte perdu la capacité de mourir – ouvre la voie à des nouvelles thérapies. Mais encore faut-il comprendre la mécanique fine de l’apoptose.

Au cours des dernières années, les travaux auxquels est associé le professeur Poirier ont permis de resserrer l’étau autour d’une enzyme, la poly-ADP-ribose polymérase-1 (PARP-1), qui entre en action très tôt dans l’apoptose. En conditions normales, la PARP-1 sert à réparer les bris dans les brins d'ADN, rappelle Guy Poirier. Lorsqu'un événement cause un stress important à la cellule, la PARP-1 est fortement activée.

Dans les deux articles qui viennent de paraître, les chercheurs démontrent que cette activation conduit notamment à la synthèse d’un polymère d’ADP-ribose (PAR), toxique pour les cellules nerveuses. Les expériences effectuées in vitro ont prouvé que la dégradation de ce polymère à l’aide de l’enzyme PARG prévient la mort cellulaire. Plus encore, les chercheurs ont découvert que les souris qui surexpriment l’enzyme PARG montrent moins de dommages neuronaux après une occlusion temporaire d’une artère cérébrale que des souris normales, alors que celles qui produisent peu de PARG subissent des séquelles plus importantes.

La synthèse du PAR provoquerait la libération dans le cytoplasme d’une enzyme normalement confinée aux mitochondries. Les effets apoptotiques de cette enzyme étaient déjà connus, mais on ignorait ce qui provoquait son apparition hors des mitochondries. «La découverte de ce nouveau signal cellulaire de l’apoptose offre une cible intéressante pour la mise au point de thérapies destinées aux maladies dans lesquelles la mort cellulaire se manifeste», conclut Guy Poirier.

Université Laval

2325, rue de l'Université
Québec (Québec) G1V 0A6

Téléphone: 418 656-2131 1 877 785-2825

Demande d’information

Suivez nous!