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Morbide obésité

Les chirurgies entraînent plus de complications chez les personnes très obèses, mais le risque qu'elles en meurent n'est pas plus élevé

Par : Jean Hamann
De 1986 à 2000, le nombre de personnes dont l'indice de masse corporelle (IMC) dépassait 30, 40 et 50 a respectivement doublé, quadruplé et quintuplé aux États-Unis. Cette flambée d'obésité morbide (un IMC de 40 ou plus), qui touche maintenant entre 3 et 4 % de la population américaine, a créé une forte demande pour des chirurgies visant la réduction de poids. En 1998, les médecins américains ont pratiqué plus de 13 000 chirurgies bariatriques, des interventions qui consistent à réduire la taille de l'estomac ou à effectuer une dérivation du tube digestif. En 2005, ce chiffre a dépassé les 140 000. Ces opérations, appelées à devenir encore plus courantes à l'avenir, et les autres interventions chirurgicales posent-elles un risque plus grand pour ces patients hors norme?
   
C'est à cette question que Paul Poirier et Picard Marceau, du Centre de recherche de l'Institut universitaire en cardiologie et pneumologie de Québec, et six autres spécialistes américains ont voulu répondre en passant en revue toutes les études abordant les répercussions d'une chirurgie sur ces personnes. «Nous avons retenu les données pour tous types de chirurgie, mais la littérature touche surtout les chirurgies cardiaques et bariatriques», souligne Paul Poirier, responsable de l'étude. Le résultat de l'exercice fait l'objet d'un avis qui a été publié il y a quelques semaines dans les pages de Circulation, la revue de l'American Heart Association. Étonnamment, même si, dans la vie courante, les obèses morbides connaissent plus de problèmes de défaillance cardiaque, d'athérosclérose, d'hypertension, d'arythmie cardiaque et d'embolie pulmonaire que les personnes plus minces, le risque qu'un passage sur le billard leur coûte la vie n'est pas plus grand. Par contre, leur séjour à l'hôpital est plus long, ils courent plus de risques de défaillance rénale et ils ont besoin d'assistance respiratoire pendant une plus longue période.
   
Pour ces raisons, Paul Poirier et ses collègues y vont d'une série de recommandations sur les précautions à prendre avec ces patients avant, pendant et après une intervention chirurgicale. Comme il est souvent difficile d'établir si certains symptômes comme le souffle court, les douleurs thoraciques ou l'œdème des jambes sont causés par l'embonpoint ou par une maladie cardiovasculaire, il faut procéder à tous les tests non invasifs possibles avant d'opérer. La chirurgie bariatrique n’est pas considérée comme une chirurgie à haut risque, de sorte que ces tests sont généralement réservés aux patients dont l'état soulève des doutes.
   
C'est à sa propre initiative que Paul Poirier, président sortant du comité de l’obésité de l’American Heart Association et également professeur à la Faculté de pharmacie, a entrepris de faire le point sur la question des risques que pose la chirurgie pour les obèses morbides. Le bilan des réflexions du groupe de spécialistes dont il s'est entouré est devenu un avis entériné par l'association américaine. «Les médecins seront de plus en plus confrontés à des cas d'obésité morbide et nous espérons que notre avis leur fera prendre conscience que les particularités de ces patients appellent une évaluation particulière. Certains chirurgiens ne veulent pas opérer les personnes souffrant d'obésité morbide parce qu'ils craignent qu'ils n'en sortent pas vivants. Notre étude indique qu'ils sont dans l'erreur.»

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